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Amours de chèvres:blogons de tout
samedi 23 mai 2009, a 21:44
mots tissés
 

Chaleur

 

Anna de Noailles

Tout luit, tout bleuit, tout bruit,
Le jour est brûlant comme un fruit
Que le soleil fendille et cuit.

Chaque petite feuille est chaude
Et miroite dans l'air où rôde
Comme un parfum de reine-claude.

Du soleil comme de l'eau pleut
Sur tout le pays jaune et bleu
Qui grésille et oscille un peu.

Un infini plaisir de vivre
S'élance de la forêt ivre,
Des blés roses comme du cuivre

 

 

 

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lundi 13 avril 2009, a 16:57
mots tissés
 

Les papillons

Gérard De Nerval

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De toutes les belles choses

Qui nous manquent en hiver,

Qu'aimez-vous mieux ? - Moi, les roses ;

- Moi, l'aspect d'un beau pré vert ;

- Moi, la moisson blondissante,

Chevelure des sillons ;

- Moi, le rossignol qui chante ;

- Et moi, les beaux papillons !

 

Le papillon, fleur sans tige,

Qui voltige,

Que l'on cueille en un réseau ;

Dans la nature infinie,

Harmonie

Entre la plante et l'oiseau !...

 

Quand revient l'été superbe,

Je m'en vais au bois tout seul :

Je m'étends dans la grande herbe,

Perdu dans ce vert linceul.

Sur ma tête renversée,

Là, chacun d'eux à son tour,

Passe comme une pensée

De poésie ou d'amour !

 

Voici le papillon "faune",

Noir et jaune ;

Voici le "mars" azuré,

Agitant des étincelles

Sur ses ailes

D'un velours riche et moiré.

 

Voici le "vulcain" rapide,

Qui vole comme un oiseau :

Son aile noire et splendide

Porte un grand ruban ponceau.

Dieux ! le "soufré", dans l'espace,

Comme un éclair a relui...

Mais le joyeux "nacré" passe,

Et je ne vois plus que lui !

 

II

 

Comme un éventail de soie,

Il déploie

Son manteau semé d'argent ;

Et sa robe bigarrée

Est dorée

D'un or verdâtre et changeant.

 

Voici le "machaon-zèbre",

De fauve et de noir rayé ;

Le "deuil", en habit funèbre,

Et le "miroir" bleu strié ;

Voici l'"argus", feuille-morte,

Le "morio", le "grand-bleu",

Et le "paon-de-jour" qui porte

Sur chaque aile un oeil de feu !

 

Mais le soir brunit nos plaines ;

Les "phalènes"

Prennent leur essor bruyant,

Et les "sphinx" aux couleurs sombres,

Dans les ombres

Voltigent en tournoyant.

 

C'est le "grand-paon" à l'oeil rose

Dessiné sur un fond gris,

Qui ne vole qu'à nuit close,

Comme les chauves-souris ;

Le "bombice" du troëne,

Rayé de jaune et de vent,

Et le "papillon du chêne"

Qui ne meurt pas en hiver !...

 

Voici le "sphinx" à la tête

De squelette,

Peinte en blanc sur un fond noir,

Que le villageois redoute,

Sur sa route,

De voir voltiger le soir.

 

Je hais aussi les "phalènes",

Sombres hôtes de la nuit,

Qui voltigent dans nos plaines

De sept heures à minuit ;

Mais vous, papillons que j'aime,

Légers papillons de jour,

Tout en vous est un emblème

De poésie et d'amour !

 

III

 

Malheur, papillons que j'aime,

Doux emblème,

A vous pour votre beauté !...

Un doigt, de votre corsage,

Au passage,

Froisse, hélas ! le velouté !...

 

Une toute jeune fille

Au coeur tendre, au doux souris,

Perçant vos coeurs d'une aiguille,

Vous contemple, l'oeil surpris :

Et vos pattes sont coupées

Par l'ongle blanc qui les mord,

Et vos antennes crispées

Dans les douleurs de la mort !...

 

dimanche 29 mars 2009, a 10:21
mots tissé
 

Après l'hiver

V. Hugo

 

 

Tout revit, ma bien aimée !
Le ciel gris perd sa pâleur ;
Quand la terre est embaumée,
Le coeur de l'homme est meilleur.

En haut, d'où l'amour ruiselle,
En bas, où meurt la douleur,
La même immense étincelle
Allume l'astre et la fleur.

L'hiver fuit, saison d'alarmes,
Noir avril mystérieux
Où l'âpre sève des larmes
Coule, et du coeur monte aux yeux.

O douce désuétude
De souffrir et de pleurer !
Veux-tu, dans la solitude,
Nous mettre à nous adorer ?

La branche au soleil se dore
Et penche, pour l'abriter,
Ses boutons qui vont éclore
Sur l'oiseau qui va chanter.

L'aurore où nous nous aimâmes
Semble renaître à nos yeux ;
Et mai sourit dans nos âmes
Comme il sourit dans les cieux.

On entend rire, on voit luire
Tous les êtres tour à tour,
La nuit les astres bruire,
Et les abeilles le jour.

Et partout nos regards lisent,
Et, dans l'herbe et dans les nids,
De petites voix nous disent :
"Les aimants sont les bénis !"

L'air enivre ; tu reposes
A mon cou tes bras vainqueurs.
Sur les rosiers que de roses !
Que de soupirs dans nos coeurs !

Comme l'aube, tu me charmes ;
Ta bouche et tes yeux chéris
Ont, quand tu pleures, ses larmes,
Et ses perles quand tu ris.

La nature, soeur jumelle
D'Eve et d'Adam et du jour,
Nous aime, nous berce et mêle
Son mystère à notre amour.

Il Suffit que tu paraisses
Pour que le ciel, t'adorant,
Te contemple ; et, nos caresses,
Toute l'ombre nous les rend !

Clartés et parfums nous-mêmes,
Nous baignons nos coeurs heureux
Dans les effluves suprêmes
Des éléments amoureux.

Et, sans qu'un souci t'oppresse,
Sans que ce soit mon tourment,
J'ai l'étoile pour maîtresse ;
Le soleil est ton amant ;

Et nous donnons notre fièvre
Aux fleurs où nous appuyons
Nos bouches, et notre lèvre
Sent le baiser des rayons.

mercredi 18 mars 2009, a 18:07
mots tissés
 

    

    

     

P

 

 

rintemps  

======= 

 

 

Tout est lumière, tout est joie.

 

L'araignée au pied diligent

 

Attache aux tulipes de soie

 

Les rondes dentelles d'argent.

 

La frissonnante libellule

 

Mire les globes de ses yeux

 

Dans l'étang splendide où pullule

 

Tout un monde mystérieux.

 

La rose semble, rajeunie,

 

S'accoupler au bouton vermeil

 

L'oiseau chante plein d'harmonie

 

Dans les rameaux pleins de soleil.

 

Sous les bois, où tout bruit s'émousse,

 

Le faon craintif joue en rêvant :

 

Dans les verts écrins de la mousse,

 

Luit le scarabée, or vivant.

 

La lune au jour est tiède et pâle

 

Comme un joyeux convalescent;

 

Tendre, elle ouvre ses yeux d'opale

 

D'où la douceur du ciel descend !

 

Tout vit et se pose avec grâce,

 

Le rayon sur le seuil ouvert,

 

L'ombre qui fuit sur l'eau qui passe,

 

Le ciel bleu sur le coteau vert !

 

La plaine brille, heureuse et pure;

 

Le bois jase ; l'herbe fleurit.

 

- Homme ! Ne crains rien ! La nature

 

Sait le grand secret, et sourit.

 

Victor Hugo

mardi 10 mars 2009, a 17:45
mots tissés
 

L'homme et la mer

Homme libre, toujours tu chériras la mer !
La mer est ton miroir ; tu contemples ton âme
Dans le déroulement infini de sa lame,
Et ton esprit n'est pas un gouffre moins amer.

Tu te plais à plonger au sein de ton image ;
Tu l'embrasses des yeux et des bras, et ton coeur
Se distrait quelquefois de sa propre rumeur
Au bruit de cette plainte indomptable et sauvage.

Vous êtes tous les deux ténébreux et discrets :
Homme, nul n'a sondé le fond de tes abîmes ;
Ô mer, nul ne connaît tes richesses intimes,
Tant vous êtes jaloux de garder vos secrets !

Et cependant voilà des siècles innombrables
Que vous vous combattez sans pitié ni remord,
Tellement vous aimez le carnage et la mort,
Ô lutteurs éternels, ô frères implacables !

 

baudelaire

vendredi 06 mars 2009, a 18:49
mots tissés
 

La bise

Le temps mène le deuil de notre destinée ;
La terre est un sépulcre, et la lugubre année,
Gardienne pâle des tombeaux,
Autour du cénotaphe où gît, couvert de voiles,
Le genre humain couché sous le drap des étoiles,
Allume ses douze flambeaux.

La bise fait le bruit d'un géant qui soupire ;
La fenêtre palpite et la porte respire ;
Le vent d'hiver glapit sous les tuiles des toits ;
Le feu fait à mon âtre une pâle dorure ;
Le trou de ma serrure
Me souffle sur les doigts.

 

Victor Hugo

 

froid il fait................

mardi 10 février 2009, a 21:03
mots tissés
 

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A travers la tempête, et la neige, et le givre,

C'est la clarté vibrante à notre horizon noir ;

C'est l'auberge fameuse inscrite sur le livre,

Où l'on pourra manger, et dormir, et s'asseoir.

 

Charles Baudelaire

Poème "La mort des pauvres"

mercredi 08 octobre 2008, a 20:27
mots tissés
 

Le vent

 

Sur la bruyère longue infiniment,

Voici le vent cornant Novembre,

Sur la bruyère, infiniment,

Voici le vent

Qui se déchire et se démembre,

En souffles lourds battant les bourgs,

Voici le vent,

Le vent sauvage de Novembre.

 

Aux puits des fermes,

Les seaux de fer et les poulies

Grincent.

Aux citernes des fermes,

Les seaux et les poulies

Grincent et crient

Toute la mort dans leurs mélancolies.

Le vent rafle, le long de l'eau,

Les feuilles vertes des bouleaux,

Le vent sauvage de Novembre;

Le vent mord dans les branches

Des nids d'oiseaux;

Le vent râpe du fer,

Et peigne au loin les avalanches,

- Rageusement - du vieil hiver,

Rageusement, le vent,

Le vent sauvage de Novembre.

Dans les étables lamentables

Les lucarnes rapiécées

Ballottent leurs loques falotes

De vitre et de papier.

- Le vent sauvage de Novembre! -

Sur sa hutte de gazon bistre,

De bas en haut, à travers airs,

De haut en bas, à coups d'éclairs,

Le moulin noir fauche, sinistre,

Le moulin noir fauche le vent,

Le vent,

Le vent sauvage de Novembre.

Les vieux chaumes à cropetons,

Autour de leurs clochers d'église,

Sont soulevés sur leurs bâtons;

Les vieux chaumes et leurs auvents

Claquent au vent,

Au vent sauvage de Novembre.

Les croix du cimetière étroit,

Les bras des morts que sont ces croix,

Tombent comme un grand vol,

Rabattu noir, contre le sol.

Le vent sauvage de Novembre,

Le vent,

L'avez-vous rencontré le vent,

Au carrefour des trois cents routes ;

L'avez-vous rencontré le vent,

Celui des peurs et des déroutes;

L'avez-vous vu cette nuit-là

Quand il jeta la lune à bas,

Et que, n'en pouvant plus,

Tous les villages vermoulus

Criaient comme des bêtes

Sous la tempête?

 

Sur la bruyère, infiniment,

Voici le vent hurlant.

Voici le vent cornant Novembre.

 

Émile Verhaeren ("Les villages illusoires")

 

mercredi 01 octobre 2008, a 17:53
mots tissés
 

Automne

 

 

Matins frileux
Le vent se vêt de brume ;
Le vent retrousse au cou des pigeons bleus
Les plumes.
La poule appelle
Le pépiant fretin de ses poussins
Sous l'aile.
Panache au clair et glaive nu
Les lansquenets des girouettes
Pirouettent.
L'air est rugueux et cru ;
Un chat près du foyer se pelotonne ;
Et tout à coup, du coin du bois résonne,
Monotone et discord,
L'appel tintamarrant des cors
D'automne.

 

Émile VERHAEREN

 

dimanche 28 septembre 2008, a 17:14
l'arbre en poésie...suite
 

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Sur ses larges bras étendus,
La forêt où s'éveille Flore,
A des chapelets de pendus
Que le matin caresse et dore.
Ce bois sombre, où le chêne arbore
Des grappes de fruits inouïs
Même chez le Turc et le Maure,
C'est le verger du roi Louis.

Tous ces pauvres gens morfondus,
Roulant des pensers qu'on ignore,
Dans des tourbillons éperdus
Voltigent, palpitants encore.
Le soleil levant les dévore.
Regardez-les, cieux éblouis,
Danser dans les feux de l'aurore.
C'est le verger du roi Louis.

Ces pendus, du diable entendus,
Appellent des pendus encore.
Tandis qu'aux cieux, d'azur tendus,
Où semble luire un météore,
La rosée en l'air s'évapore,
Un essaim d'oiseaux réjouis
Par-dessus leur tête picore.
C'est le verger du roi Louis


Prince, il est un bois que décore
Un tas de pendus enfouis
Dans le doux feuillage sonore.
C'est le verger du roi Louis!

 

THEODORE DE BANVILLE

dimanche 28 septembre 2008, a 17:07
l'arbre en poésie ...suite
 

Dans la forêt sans heures

On abat un grand arbre

Un vide vertical

Tremble en forme de fût

Près du tronc étendu.

 

Cherchez, cherchez, oiseaux,

La place de vos nids

Dans ce haut souvenir

Tant qu'il murmure encore.

 

Jules Supervielle

Geai bleu

 

 

 

jeudi 18 septembre 2008, a 20:15
mots tissés
 

il  était une feuille

 

 

 

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Il était une feuille avec ses lignes
Ligne de vie
Ligne de chance
Ligne de cœur.
Il était un arbre au bout de la branche.
Un arbre digne de vie
Digne de chance
Digne de cœur.
Cœur gravé, percé, transpercé,
Un arbre que nul jamais ne vit.
Il était des racines au bout de l'arbre.
Racines vignes de vie
Vignes de chance
Vignes de cœur.
Au bout des racines il était la terre.
La terre tout court
La terre toute ronde
La terre toute seule au travers du ciel
La terre.

 

ROBERT DESNOS


lundi 15 septembre 2008, a 21:56
poésie du lundi
 

 

 

Ecoute l'arbre et la feuille

La nature est une voix

Qui parle à qui se recueille

Et qui chante dans les bois

 

Victor Hugo


 

jeudi 11 septembre 2008, a 21:42
mots tissés
 

LES INVENTEURS

René CHAR

 

 

Ils sont venus, les forestiers de l'autre versant, les inconnus de nous, les rebelles à nos usages.

Ils sont venus nombreux.

Leur troupe est apparue à la ligne de partage des cèdres

Et du champ de la vieille moisson désormais irrigué et vert.

La longue marche les avait échauffés.

Leur casquette cassait sur les yeux et leur pied fourbu se posait dans le vague.

 

 

Ils nous ont aperçus et se sont arrêtés.

Visiblement ils ne présumaient pas nous trouver là,

Sur des terres faciles et des sillons bien clos,

Tout à fait insouciants d'une audience.

Nous avons levé le front et les avons encouragés.

 

 

Le plus disert s'est approché, puis un second tout aussi déraciné et lent.

Nous sommes venus, dirent-ils, vous prévenir de l'arrivée prochaine de l'ouragan,

de votre implacable adversaire.

Pas plus que vous, nous ne le connaissons

Autrement que par des relations et des confidences d'ancêtres.

Mais pourquoi sommes-nous heureux incompréhensiblement devant vous et soudain pareils à des enfants?

 

 

Nous avons dit merci et les avons congédiés.

Mais auparavant ils ont bu, et leurs mains tremblaient, et leurs yeux riaient sur les bords.

Hommes d'arbres et de cognée, capables de tenir tête à quelque terreur

mais inaptes à conduire l'eau, à aligner des bâtisses, à les enduire de couleurs plaisantes,

Ils ignoraient le jardin d'hiver et l'économie de la joie.

 

 

Certes, nous aurions pu les convaincre et les conquérir,

Car l'angoisse de l'ouragan est émouvante.

Oui, l'ouragan allait bientôt venir;

Mais cela valait-il la peine que l'on en parlât et qu'on dérangeât l'avenir?

Là où nous sommes, il n'y a pas de crainte urgente.

dimanche 07 septembre 2008, a 20:03
Tristesses de la lune
 

 

Ce soir, la lune rêve avec plus de paresse ;
Ainsi qu'une beauté, sur de nombreux coussins,
Qui d'une main distraite et légère caresse
Avant de s'endormir le contour de ses seins,

Sur le dos satiné des molles avalanches,
Mourante, elle se livre aux longues pâmoisons,
Et promène ses yeux sur les visions blanches
Qui montent dans l'azur comme des floraisons.

Quand parfois sur ce globe, en sa langueur oisive,
Elle laisse filer une larme furtive,
Un poète pieux, ennemi du sommeil,

Dans le creux de sa main prend cette larme pâle,
Aux reflets irisés comme un fragment d'opale,
Et la met dans son cœur loin des yeux du soleil.

 

BAUDELAIRE

jeudi 04 septembre 2008, a 07:01
MOTS TISSES
 

LES QUATRE SANS COU 

Ils étaient quatre qui n'avaient plus de tête, 
Quatre à qui l'on avait coupé le cou,
 
On les appelait les quatre sans cou. 

Quand ils buvaient un verre, 
Au café de la place ou du boulevard,
 
Les garçons n'oubliaient pas d'apporter des entonnoirs. 

Quand ils mangeaient, c'était sanglant, 
Et tous quatre chantant et sanglotant,
 
Quand ils aimaient, c'était du sang. 

Quand ils couraient, c'était du vent, 
Quand ils pleuraient, c'était vivant,
 
Quand ils dormaient, c'était sans regret. 

Quand ils travaillaient, c'était méchant, 
Quand ils rôdaient, c'était effrayant,
 
Quand ils jouaient, c'était différent, 

Quand ils jouaient, c'était comme tout le monde, 
Comme vous et moi, vous et nous et tous les autres,
 
Quand ils jouaient, c'était étonnant. 

Mais quand ils parlaient c'était d'amour. 
Ils auraient pour un baiser
 
Donné ce qui leur restait de sang. 

Leurs mains avaient des lignes sans nombre 
Qui se perdaient parmi les ombres
 
Comme des rails dans la forêt. 

Quand ils s'asseyaient, c'était plus majestueux que des rois 
Et les idoles se cachaient derrière leurs croix
 
Quand devant elles ils passaient droits. 

On leur avait rapporté leur tête 
Plus de vingt fois, plus de cent fois,
 
Les ayant retrouvés à la chasse ou dans les fêtes 

Mais jamais ils ne voulurent reprendre 
Ces têtes où brillaient leurs yeux,
 
Où les souvenirs dormaient dans leur cervelle. 

Cela ne faisait peut-être pas l'affaire 
Des chapeliers et des dentistes.
 
La gaieté des uns rend les autres tristes. 

Les quatre sans cou vivent encore, c'est certain. 
J'en connais au moins un
 
Et peut-être aussi les trois autres. 

Le premier, c'est Anatole, 
Le second, c'est Croquignole,
 
Le troisième, c'est Barbemolle,
 
Le quatrième, c'est encore Anatole. 

Je les vois de moins en moins, 
Car c'est déprimant, à la fin,
 
La fréquentation des gens trop malins

ROBERT DESNOS

vendredi 22 août 2008, a 17:11
poussière
 

La complainte des acariens

 

Ginette DESMARAIS

 

"Quatre acariens se retrouvèrent

au fond d'un sac d'aspirateur

propulsés par un courant d'air

qui leur fit remonter le coeur.

On aurait pu les croire heureux

d'arriver au ciel des poussières

mais ils pleuraient de tous leurs yeux

oyez tous leur chant de misère:

 

"Messieurs je vivais sous la table

d'une cuisine confortable"

raconte l'un d'eux aux trois autres

"le matin, le midi, le soir

des parts de festin venaient choir

juste à mes pieds. Sans plus d'efforts

j'en faisais profiter mon corps.

J'ai pris du poids tout à mon aise

je suis donc devenu trop gras

pour détaler entre les chaises

la balayeuse m'avala.

Et vous messieurs par quel hasard

êtes-vous entrés dans ce trou noir ?"

 

Lors, le second prit la parole

"Ah! Mon ami, si je n'ai point

comme vous souffert d'embonpoint

c'est que je vivais dans les livres

l'odeur des vieux papiers m'enivre

j'ai parcouru des kilomètres

sur les maximes des grands maîtres

et rêvé à la poésie

à la chandelle de la nuit

mais la patronne de ces lieux

m'a surpris sur une étagère

où j'étudiais d'un oeil sérieux

d'une reliure la poussière

elle m'aspira sans plus d'histoires

dans cet engin diabolique

Adieu Miron, Vanier, Cendrars

adieu tous les grands romantiques !"

s'écria-t-il en sanglotant.

 

Le troisième dit aussitôt

pour couper court à la tristesse

"j'ai vécu dans la salle d'eau

des minutes enchanteresses

j'avais élu mon domicile

sur une descente de bains

j'y étais comme sur une île

au coeur de l'océan Indien

chaque jour je me rinçais l'oeil

quand elle venait se baigner

et me prenais avec orgueil

pour le gardien de sa beauté

c'est pourquoi je suis resté là

quand ce truc a fondu sur moi

c'est que je voulais l'en défendre !

Sot que j'étais ! Si j'avais su

mais je ne faisais que l'attendre!"

 

Le quatrième mit du temps

à conter sa mésaventure

"Convenons, chers amis, si vous le voulez bien

de clore ce récit par des alexandrins

mon histoire est trop belle, la fin trop pathétique

je sais: nous sommes des êtres microscopiques

mais aux yeux de Dieu, aucun de nous n'est petit.

Et bien moi messieurs, j'ai vécu sous son grand lit

j'étais le capitaine d'un mouton superbe

pas un mouton braillard qui arrache de l'herbe

mais plutôt un nuage rond et délicat

de poussières, de cheveux, et de poils de chat

qui voguait, heureux, sur son plancher de bois franc

comme une frégate fière sur l'océan.

L'avenir était rose, ma carrière assurée

jusqu'à la nuit dernière, où un homme est entré

avec elle en riant, et le lit a vécu

des heures difficiles. J'étais convaincu

que le ciel allait me tomber sur la tête

et moi qui n'avais jamais vu de tempête

j'étais servi ! J'ai même entendu les sirènes

chanter dans la tourmente des mots mystérieux.

"C'est bon, encore, hardi, ne lâche pas, je t'aime."

Et moi d'ouïr ces paroles m'a bouleversé

du haut de mon navire, j'ai fait appeler

mon peuple de microbes et je leur ai dit

"Amis, soyons obligeants envers notre hôtesse

vous avez bien entendu ses cris de détresse

le mieux que nous ayons à faire est de céder

à toutes ses prières et de nous accorder

entre nous les doux plaisirs qu'elle réclame."

Les acariens et acariennes sans plus tarder

s'en donnèrent à coeur joie par solidarité.

Au matin, nous étions plus nombreux que la veille

les draps et couvertures avaient fait, ô merveille

des moutons tout nouveaux pour tous nos nouveaux-nés.

Mais la belle bougresse, en cherchant ses chaussures

découvre sous son lit notre mousse et murmure

"Mon amour, tu permettras que sans plus attendre

je fasse disparaître de ma douce chambre

ces minous innommables que je n'avais pas vus !"

C'est donc sans rien comprendre que j'ai vu arriver

un attirail étrange au pied de mon troupeau

fait de bouches bizarres, de tubes, de tuyaux

un vacarme strident a envahi l'espace

et j'ai vu, impuissant, s'envoler par morceaux

les poussières où vivait toute la populace!"

 

 

C'était la triste histoire de quatre acariens

ont-ils pu fuir le sac, récupérer leurs biens?

Nul ne pourrait le dire, mais une chose est sûre

ils auront fait leur nid après cette aventure

loin des habitations dangereuses

où règnent savons et balayeuses.

La morale, car il en faut bien une

c'est que si tous les chiens ont leur jour de gloire

tous les acariens ont leur lot de déboires"

samedi 26 juillet 2008, a 15:00
PABLO NERUDA
 

 

Sonnet XLVIII

 

Les deux amants heureux ne font plus qu'un seul pain,

Une goutte de lune, une seule, dans l'herbe,

Ils laissent en marchant deux ombres qui s'unissent,

Dans le lit leur absence est un seul soleil vide.

 

 

Leur seule vérité porte le nom du jour:

Ils sont liés par un parfum, non par des fils,

Ils n'ont pas déchiré la paix ni les paroles.

Et leur bonheur est une tour de transparence.

 

 

L'air et le vin accompagnent les deux amants,

La nuit leur fait un don de pétales heureux,

Aux deux amants reviennent de droit les œillets.

 

 

Les deux amants heureux n'auront ni fin ni mort,

Ils naîtront et mourront aussi souvent qu'ils vivent

Ils possèdent l'éternité de la nature.

 

vendredi 25 juillet 2008, a 17:32
citation du vendredi
 

« Un homme sans défauts est une montagne sans crevasses. Il ne m'intéresse pas.»

René Char   Extrait des Feuillets d'Hypnos

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samedi 19 juillet 2008, a 20:50
mots tissés
 

 L orsque la douce nuit...

JULES VERNE

 

 

Lorsque la douce nuit, comme une douce amante,

S'avance pas à pas, à la chute du jour,

S'avance dans le ciel, tendre, timide et lente,

Toute heureuse d'un fol amour ;

 

Lorsque les feux muets sortent du ciel propice,

Pointillent dans la nuit, discrets, étincelants,

Eparpillent au loin leurs gerbes d'artifices,

Dans les espaces purs et blancs ;

 

Quand le ciel amoureux au sein des rideaux sombres,

Tout chaud de ce soleil qui vient de l'embraser,

A la terre, pour lui pleine d'amour et d'ombres,

S'unit dans un brûlant baiser ;

 

Quand se réfléchissant comme en un lac limpide,

L'étoile de l'azur, sur le sol transparent,

Allume au sein de l'herbe une étoile timide,

Cette étoile du ver luisant ;

 

Quand aux brises du soir, la feuille frémissante,

A ce tendre contact a refermé son sein,

Et garde en s'endormant la fraîcheur odorante

Qui doit parfumer le matin ;

 

Quand sur le sombre azur, comme un triste fantôme,

Le cyprès de ce champ où finit la douleur,

Est là, plus triste et froid qu'un mystérieux psaume

Qui tombe sur un ton mineur ;

 

Lorsque courbant sa tête à des plaintes secrètes,

L'if, comme de grands bras agite ses rameaux,

Et tout mélancolique, en paroles muettes,

Cause bas avec les tombeaux ;

 

Quand au berceau de Dieu, sur la branche endormante,

L'oiseau paisible, heureux a trouvé le sommeil,

Quand le fil de la Vierge a regagné sa tente

En attendant quelque soleil ;

 

Quand la croix déployant dans sa forme incertaine,

Sur le chemin du ciel ses deux bras de douleurs,

Dans la nuit qui l'entoure en son humide haleine

Est ruisselante de pleurs ;

 

Quand toute la nature, et l'étoile de la pierre,

Et l'arbre du chemin, la croix du carrefour,

Se sont tous revêtus de l'ombre, du mystère,

Après les fatigues du jour ;

 

Quand tout nous parle au coeur, quand la tremblante femme,

A plus de volupté que le soleil le jour,

Oh ! viens, je te dirai tout ce que j'ai dans l'âme,

Tout ce que j'ai de tendre amour.

 

 

jeudi 17 juillet 2008, a 17:52
lamartine du soir
 

Les voiles

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Quand j'étais jeune et fier et que j'ouvrais mes ailes,

Les ailes de mon âme à tous les vents des mers,

Les voiles emportaient ma pensée avec elles,

Et mes rêves flottaient sur tous les flots amers.

 

Je voyais dans ce vague où l'horizon se noie

Surgir tout verdoyants de pampre et de jasmin

Des continents de vie et des îles de joie

Où la gloire et l'amour m'appelaient de la main.

 

J'enviais chaque nef qui blanchissait l'écume,

Heureuse d'aspirer au rivage inconnu,

Et maintenant, assis au bord du cap qui fume,

J'ai traversé ces flots et j'en suis revenu.

 

Et j'aime encor ces mers autrefois tant aimées,

Non plus comme le champ de mes rêves chéris,

Mais comme un champ de mort où mes ailes semées

De moi-même partout me montrent les débris.

 

Cet écueil me brisa, ce bord surgit funeste,

Ma fortune sombra dans ce calme trompeur ;

La foudre ici sur moi tomba de l'arc céleste

Et chacun de ces flots roule un peu de mon cœur.

mardi 15 juillet 2008, a 17:52
poésie du mardi
 

U

n oiseau s'envole

Paul Eluard

 

Un oiseau s'envole,

II rejette les nues comme un voile inutile,

II n'a jamais craint la lumière,

Enfermé dans son vol

II n'a jamais eu d'ombre.

 

Coquilles des moissons brisées par le soleil.

Toutes les feuilles dans les bois disent oui,

Elles ne savent dire que oui,

Toute question, toute réponse

Et la rosée coule au fond de ce oui.

 

Un homme aux yeux légers décrit le ciel d'amour.

Il en rassemble les merveilles

Comme des feuilles dans un bois,

Comme des oiseaux dans leurs ailes

Et des hommes dans le sommeil.

dimanche 18 mai 2008, a 09:50
mots tissés
 

Les genêts

 

Les genêts, doucement balancés par la brise,
Sur les vastes plateaux font une boule d'or ;
Et tandis que le pâtre à leur ombre s'endort,
Son troupeau va broutant cette fleur qui le grise ;

Cette fleur qui le fait rêver d'amour, le soir,
Quand il roule du haut des monts vers les étables,
Et qu'il croise en chemin les grands boeufs vénérables
Dont les doux beuglements appellent l'abreuvoir ;

cette fleur toute d'or, de lumière et de soie,
En papillons posée au bout des brins menus,
Et dont les lourds parfums semblent être venus
De la plage lointaine où le soleil se noie...

Certes, j'aime les prés où chantent les grillons,
Et la vigne pendue aux flancs de la colline,
Et les champs de bleuets sur qui le blé s'incline,
Comme sur des yeux bleus tombent des cheveux blonds.

Mais je préfère aux prés fleuris, aux grasses plaines,
Aux coteaux où la vigne étend ses pampres verts,
Les sauvages sommets de genêts recouverts,
Qui font au vent d'été de si fauves haleines.

*
* *

Vous en souvenez-vous, genêts de mon pays,
Des petits écoliers aux cheveux en broussailles
Qui s'enfonçaient sous vos rameaux comme des cailles,
Troublant dans leur sommeil les lapins ébahis ?

Comme l'herbe était fraîche à l'abri de vos tiges !
Comme on s'y trouvait bien, sur le dos allongé,
Dans le thym qui faisait, aux sauges mélangé,
Un parfum enivrant à donner des vertiges !

Et quelle émotion lorsqu'un léger froufrou
Annonçait la fauvette apportant la pâture,
Et qu'en bien l'épiant on trouvait d'aventure
Son nid plein d'oiseaux nus et qui tendaient le cou !

Quel bonheur, quand le givre avait garni de perles
Vos fins rameaux émus qui sifflaient dans le vent,
- Précoces braconniers, - de revenir souvent
Tendre en vos corridors des lacets pour les merles.

*
* *

Mais il fallut quitter les genêts et les monts,
S'en aller au collège étudier des livres,
Et sentir, loin de l'air natal qui vous rend ivres,
S'engourdir ses jarrets et siffler ses poumons ;

Passer de longs hivers dans des salles bien closes,
A regarder la neige à travers les carreaux,
Éternuant dans des auteurs petits et gros,
Et soupirant après les oiseaux et les roses ;

Et, l'été, se haussant sur son banc d'écolier,
Comme un forçat qui, tout en ramant, tend sa chaîne,
Pour sentir si le vent de la lande prochaine
Ne vous apporte pas le parfum familier.

*
* *

Enfin, la grille s'ouvre ! on retourne au village ;
Ainsi que les genêts notre âme est tout en fleurs,
Et dans les houx remplis de vieux merles siffleurs,
On sent un air plus pur qui vous souffle au visage.

On retrouve l'enfant blonde avec qui cent fois
On a jadis couru la forêt et la lande ;
Elle n'a point changé, - sinon qu'elle est plus grande,
Que ses yeux sont plus doux et plus douce sa voix.

" Revenons aux genêts ! - Je le veux bien ? " dit-elle.
Et l'on va côte à côte, en causant, tout troublés
Par le souffle inconnu qui passe sur les blés,
Par le chant d'une source ou par le bruit d'une aile.

Les genêts ont grandi, mais pourtant moins que nous ;
Il faut nous bien baisser pour passer sous leurs branches,
Encore accroche-t-elle un peu ses coiffes blanches ;
Quant à moi, je me mets simplement à genoux.

Et nous parlons des temps lointains, des courses folles,
Des nids ravis ensemble, et de ces riens charmants
Qui paraissent toujours si beaux aux coeurs aimants
Parce que les regards soulignent les paroles.

Puis le silence ; puis la rougeur des aveux,
Et le sein qui palpite, et la main qui tressaille,
Au loin un tendre appel de ramier ou de caille...
Comme le serpolet sent bon dans les cheveux !

Et les fleurs des genêts nous font un diadème ;
Et, par l'écartement des branches, haut dans l'air.
Paraît comme un point noir l'alouette au chant clair
Qui, de l'azur, bénit le coin d'ombre où l'on aime !...

Ah ! de ces jours lointains, si lointains et si doux,
De ces jours dont un seul vaut une vie entière,
- Et de la blonde enfant qui dort au cimetière, -
Genêts de mon pays, vous en souvenez-vous ?

 

François FABIÉ (1846-1928) vide.gif

jeudi 08 mai 2008, a 16:05
MOTS TISSES
 

La rose-thé

 

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La plus délicate des roses
Est, à coup sûr, la rose-thé.
Son bouton aux feuilles mi-closes
De carmin à peine est teinté.

On dirait une rose blanche
Qu'aurait fait rougir de pudeur,
En la lutinant sur la branche,
Un papillon trop plein d'ardeur.

Son tissu rose et diaphane
De la chair a le velouté ;
Auprès, tout incarnat se fane
Ou prend de la vulgarité.

Comme un teint aristocratique
Noircit les fronts bruns de soleil,
De ses soeurs elle rend rustique
Le coloris chaud et vermeil.

Mais, si votre main qui s'en joue,
A quelque bal, pour son parfum,
La rapproche de votre joue,
Son frais éclat devient commun.

Il n'est pas de rose assez tendre
Sur la palette du printemps,
Madame, pour oser prétendre
Lutter contre vos dix-sept ans.

La peau vaut mieux que le pétale,
Et le sang pur d'un noble coeur
Qui sur la jeunesse s'étale,
De tous les roses est vainqueur !

 

THEOPHILE GAUTIER

lundi 05 mai 2008, a 13:48
mots tissés
 

 

LE JOUR SE LEVE

 

GRAND CORPS MALADE

 

 

 

 

 

 

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Le jour se lève sur notre grisaille, sur les trottoirs de nos ruelles et sur nos tours
Le jour se lève sur notre envie de vous faire comprendre à tous que c'est à notre tour
D'assumer nos rêves, en récolter la sève pour les graver dans chaque mur de pierre
Le jour se lève et même si ça brûle les yeux, on ouvrira grand nos paupières
Il a fait nuit trop longtemps et avancer sans lumière nous a souvent fait tâtonner
Personne à pardonner, si on est là aujourd'hui c'est juste qu'on a pas abandonné
On a cherché la lueur de l'aube en sachant qu'elle avait la couleur de l'espoir
On s'est armé de nos stylos pour écrire nous-mêmes la suite de toute cette histoire
Le jour se lève, sort de sa grève, c'est grave à quel point la nuit a été agitée
On en a de belles à raconter même si j'imagine que ce sera sûrement loin de tes JT
Le soleil éclaire notre papier qu'on avait gratté dans l'ombre pendant toute la nuit
La chaleur fait couler l'encre, nos mots quittent nos cahiers, nos voix sortent de l'ennui
Alors nous allons prendre la parole, monter sur scène pour un moment,
[j'espère que t'en as conscience
Finies la patience et la méfiance, on s'offre simplement avec l'écriture une renaissance
Le jour se lève et son glaive de lave nous lave des peines et douleurs du passé
Notre avenir est lancé… tu nous écouteras et diras franchement ce que t'en as pensé
Le jour se lève et la joie se livre, la soif se lit sur nos lèvres, tu devrais nous suivre
Si notre heure est brève, nous allons quand même la vivre, nous ne sommes pas bons élèves
[mais l'envie nous enivre
Alors à ton tour ouvre les yeux, approche-toi et observe avec curiosité
Le souffle et l'enthousiasme d'une brigade de poètes sortis tout droit de l'obscurité
Ne prends pas ça pour de l'arrogance mais on sent que c'est notre heure et ça fait du bien
Notre passion va nous nourrir et je vais retrouver le sourire dans le regard de tous les miens
Le jour se lève, on le doit peut-être qu'à nous et quand je dis ça, c'est pas juste une métaphore

 

Le jour se lève et si ça se trouve, c'est uniquement parce qu'on l'a espéré assez fort
Le jour se lève sur notre grisaille, sur les trottoirs de nos ruelles et sur nos tours
Le jour se lève sur notre envie de vous faire comprendre à tous que c'est à notre tour
Notre futur est incertain, c'est vrai que ces deux mots là vont toujours de paire
Mais notre jour s'est bien levé, dorénavant il sera difficile de nous faire taire

dimanche 27 avril 2008, a 15:52
MOTS TISSéS
 

LA VÉRITÉ

 

PABLO NERUDA

Idéalisme et réalisme, je vous aime, 
Comme l'eau et la pierre vous êtes 
parties du monde, 
lumière et racine de l'arbre de la vie. 

Non, ne me fermez pas les yeux.
lorsque j'aurai cessé de vivre,
j'en aurai besoin pour apprendre
pour regarder et comprendre ma mort. 

Il me faut ma bouche
pour chanter après qu'elle aura disparu.
Et mon âme, et mes mains, mon corps
pour continuer à t'aimer, ma chérie. 

C'est impossible, je le sais, pourtant je l'ai voulu
J'aime ce qui n'a que des rêves.
J'ai un jardin tout de fleurs qui n'existent pas
Je suis résolument triangulaire.
Et je regrette encore mes oreilles,
mais je les ai enveloppées pour les laisser
dans un port, sur un fleuve à l'intérieur
de la République de Malaguette. 

Je suis las de porter la raison sur l'épaule
Je veux inventer la mer quotidienne
Un jour j'ai reçu la visite
d'un peintre de talent qui peignait des soldats
Tous étaient des héros et le brave homme
les peignait en plein feu sur le champ de bataille
mourant comme à plaisir 

Et il peignait aussi des vaches réalistes,
si réalistes et si parfaites, si parfaites
qu'on se sentait, rien qu'à les voir, mélancolique
et prêt à ruminer jusqu'à la fin des siècles. 

Horreur et abomination ! J'ai lu
des romans-fleuves de bonté
et tant de vers
à la gloire du Premier Mai
que je n'écris plus désormais
que sur le Deux du même mois. 

Il semble bien que l'homme
bouscule fort le paysage
et cette route qui avait un ciel auparavant
maintenant nous écrase
de son entêtement commercial. 

Il en va de même avec la beauté,
et comme si nous refusions de l'acheter,
ils l'emballent à leur goût et à leur mode. 

La beauté, laissons-la danser
avec ses courtisans les plus inacceptables,
entre le plein jour et la nuit;
ne la contraignons pas à avaler
comme un médicament la pilule de vérité. 

(Et le réel ? Il nous le faut, sans aucun doute,
mais que ce soit pour nous grandir,
pour nous rendre plus vastes, pour nous faire frémir,
pour rédiger ce qui pour nous doit être
l'ordre du pain tout autant que l'ordre de l'âme.) 

Sussurez ! tel est mon ordre
aux forêts pures,
qu'elles disent en secret ce qui est leur secret,
et à la vérité: Cesse donc de stagner,
tu te durcis jusqu'au mensonge.
Je ne suis pas recteur, je ne dirige rien,
et voilà pourquoi j'accumule
les erreurs de mon chant

lundi 14 avril 2008, a 19:27
mots tissés
 

 

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Dans les rues de la ville il y a mon amour. Peu importe où il va dans le temps divisé. Il n'est plus mon amour, chacun peut lui parler. Il ne se souvient plus; qui au juste l'aima?

Il cherche son pareil dans le voeu des regards. L'espace qu'il parcourt est ma fidélité. Il dessine l'espoir et léger l'éconduit. Il est prépondérant sans qu'il y prenne part.

Je vis au fond de lui comme une épave heureuse. A son insu, ma solitude est son trésor. Dans le grand méridien où s'inscrit son essor, ma liberté le creuse.

Dans les rues de la ville il y a mon amour. Peu importe où il va dans le temps divisé. Il n'est plus mon amour, chacun peut lui parler. Il ne se souvient plus; qui au juste l'aima et l'éclaire de loin pour qu'il ne tombe pas?

rené char

mardi 08 avril 2008, a 19:18
mots tissés: hommage à Jacques Brel
 

ZANGRA

 

Je m'appelle Zangra et je suis lieutenant
Au fort de Belonzio qui domine la plaine
D'où l'ennemi viendra qui me fera héros
En attendant ce jour, je m'ennuie quelquefois
Alors je vais au bourg voir les filles en troupeaux
Mais elles rêvent d'amour et moi de mes chevaux

Je m'appelle Zangra et déjà capitaine
Au fort de Belonzio qui domine la plaine
D'où l'ennemi viendra qui me fera héros
En attendant ce jour, je m'ennuie quelquefois
Alors je vais au bourg voir la jeune Consuelo
Mais elle parle d'amour et moi de mes chevaux

Je m'appelle Zangra, maintenant commandant
Au fort de Belonzio qui domine la plaine
D'où l'ennemi viendra qui me fera héros
En attendant ce jour, je m'ennuie quelquefois
Alors je vais au bourg, boire avec don Pedro
Il boit à mes amours et moi à ses chevaux

Je m'appelle Zangra, je suis vieux colonel
Au fort de Belonzio qui domine la plaine
D'où l'ennemi viendra qui me fera héros
En attendant ce jour, je m'ennuie quelquefois
Alors je vais au bourg voir la veuve de Pedro
Je parle enfin d'amour mais elle de mes chevaux

Je m'appelle Zangra, hier trop vieux général
J'ai quitté Belonzio qui domine la plaine
Et l'ennemi est là, je ne serai pas héros

mardi 08 avril 2008, a 19:15
mots tissés
 

 

L'ENFANCE

JACQUES BREL

 

L'enfance
Qui peut nous dire quand ça finit
Qui peut nous dire quand ça commence
C'est rien avec de l'imprudence
C'est tout ce qui n'est pas écrit

L'enfance
Qui nous empêche de la vivre
De la revivre infiniment
De vivre à remonter le temps
De déchirer la fin du livre

L'enfance
Qui se dépose sur nos rides
Pour faire de nous de vieux enfants
Nous revoilà jeunes amants
Le cœur est plein la tête est vide
L'enfance l'enfance

L'enfance
C'est encore le droit de rêver
Et le droit de rêver encore
Mon père était un chercheur d'or
L'ennui c'est qu'il en a trouvé

L'enfance
Il est midi tous les quart d'heure
Il est jeudi tous les matins
Les adultes sont déserteurs
Tous les bourgeois sont des Indiens

L'enfance
L'enfance


Si les parents savaient l'enfance
Si les moindres amants savaient
Si par chance ils savaient l'enfance
Il n'y aurait plus d'enfants jamais.


dimanche 16 mars 2008, a 18:43
mots tissés
 

Mourir pour des idées, l'idée est excellente
Moi j'ai failli mourir de ne l'avoir pas eu
Car tous ceux qui l'avaient, multitude accablante
En hurlant à la mort me sont tombés dessus
Ils ont su me convaincre et ma muse insolente
Abjurant ses erreurs, se rallie à leur foi
Avec un soupçon de réserve toutefois
Mourrons pour des idées, d'accord, mais de mort lente,
D'accord, mais de mort lente

Jugeant qu'il n'y a pas péril en la demeure
Allons vers l'autre monde en flânant en chemin
Car, à forcer l'allure, il arrive qu'on meure
Pour des idées n'ayant plus cours le lendemain
Or, s'il est une chose amère, désolante
En rendant l'âme à Dieu c'est bien de constater
Qu'on a fait fausse route, qu'on s'est trompé d'idée
Mourrons pour des idées, d'accord, mais de mort lente
D'accord, mais de mort lente

Les saint jean bouche d'or qui prêchent le martyre
Le plus souvent, d'ailleurs, s'attardent ici-bas
Mourir pour des idées, c'est le cas de le dire
C'est leur raison de vivre, ils ne s'en privent pas
Dans presque tous les camps on en voit qui supplantent
Bientôt Mathusalem dans la longévité
J'en conclus qu'ils doivent se dire, en aparté
"Mourrons pour des idées, d'accord, mais de mort lente
D'accord, mais de mort lente"

Des idées réclamant le fameux sacrifice
Les sectes de tout poil en offrent des séquelles
Et la question se pose aux victimes novices
Mourir pour des idées, c'est bien beau mais lesquelles ?
Et comme toutes sont entre elles ressemblantes
Quand il les voit venir, avec leur gros drapeau
Le sage, en hésitant, tourne autour du tombeau
Mourrons pour des idées, d'accord, mais de mort lente
D'accord, mais de mort lente

Encor s'il suffisait de quelques hécatombes
Pour qu'enfin tout changeât, qu'enfin tout s'arrangeât
Depuis tant de "grands soirs" que tant de têtes tombent
Au paradis sur terre on y serait déjà
Mais l'âge d'or sans cesse est remis aux calendes
Les dieux ont toujours soif, n'en ont jamais assez
Et c'est la mort, la mort toujours recommencée
Mourrons pour des idées, d'accord, mais de mort lente
D'accord, mais de mort lente

O vous, les boutefeux, ô vous les bons apôtres
Mourez donc les premiers, nous vous cédons le pas
Mais de grâce, morbleu! laissez vivre les autres!
La vie est à peu près leur seul luxe ici bas
Car, enfin, la Camarde est assez vigilante
Elle n'a pas besoin qu'on lui tienne la faux
Plus de danse macabre autour des échafauds!
Mourrons pour des idées, d'accord, mais de mort lente
D'accord, mais de mort lente

 

BRASSENS 1972


samedi 08 mars 2008, a 07:01
mots tissés
 

LE SIMPLE FAIT QUE TU EXISTES

YVES DUTEIL

 

Les étoiles une à une
S'allument au ciel du soir
Je regarde la Lune
Rose sur ce fond noir...

Moi je t'aime...
Comme un arbre porte ses fruits
Comme la Lune aime la nuit
Je ne peux pas te dire pourquoi
Je crois que je suis né pour toi

Je ne veux pas que tu sois triste
Le simple fait que tu existes
Est pour moi un tel réconfort
J'ai besoin que tu m'aimes encore

Moi je t'aime...
Comme un volcan sort du sommeil
Comme un fruit gorgé de soleil
Comme un saumon dans un torrent
Qui remonte à contre-courant

Où que tu sois sur l'horizon
Tu es ma route et ma maison
Ma sagesse et ma déraison
Le premier mot de ma chanson

Et je t'aime...
Encore plus fort qu'auparavant
Comme un ami, comme un amant
Comme une vague se soulève
Pour venir caresser la grève

Il ne faut pas que tu sois triste
Le simple fait que tu existes
Est pour moi un tel réconfort
Je voudrais que l'on s'aime encore

Où que je sois dans l'univers
Tu es ma force et ma lumière
Et j'avance dans la nuit noire
Là où tu poses ton regard

Moi je t'aime...
Comme un arbre porte ses fruits
Comme la lune aime la nuit
Je ne peux pas te dire pourquoI
Je crois que je suis né pour toi

Au dernier vers de la chanson
Quand les étoiles disparaîtront
Il restera sur l'horizon
Ta sagesse et ma déraison

Ta sagesse et ma déraison.

dimanche 24 février 2008, a 16:32
pour toi
 

 

 

Les genêts de janvier exhalaient une odeur de gâteau,

Mai était dans nos cœurs.

Le temps a emporté cette floraison erratique,

Le parfum en nos cœurs est resté.

La senteur de la fleur d'abricotier,

En février s'est répandue,

Nous liant à jamais à la promesse du printemps.

 

.

lundi 10 décembre 2007, a 18:04
spleen
 

de Léopold Sédar SENGHOR

 

Je veux assoupir ton cafard, mon amour,
Et l'endormir,
Te murmurer ce vieil air de blues
Pour l'endormir.

C'est un blues mélancolique,
Un blues nostalgique,
Un blues indolent
Et lent.

Ce sont les regards des vierges couleur d'ailleurs,
L'indolence dolente des crépuscules.
C'est la savane pleurant au clair de lune,
Je dis le long solo d'une longue mélopée.

C'est un blues mélancolique,
Un blues nostalgique,
Un blues indolent
Et lent.



mercredi 05 décembre 2007, a 06:17
mots tissés
 

Chanson pour les enfants l'hiver

Jacques Prévert 


Dans la nuit de l'hiver galope un grand homme blanc.
C'est un bonhomme de neige avec une pipe en bois,
un grand bonhomme de neige poursuivi par le froid.


Il arrive au village.
Voyant de la lumière,
le voilà rassuré.

Dans une petite maison, il entre sans frapper
et pour se réchauffer
s'assoit sur le poêle rouge
et d'un coup disparaît,
ne laissant que sa pipe au milieu d'une flaque d'eau,
ne laissant que sa pipe et puis son vieux chapeau...

vendredi 30 novembre 2007, a 15:16
une poésie de paul verlaine
 

Le squelette

Deux reîtres saouls, courant les champs, virent parmi
La fange d'un fossé profond, une carcasse
Humaine dont la faim torve d'un loup fugace
Venait de disloquer l'ossature à demi.

La tête, intacte, avait un rictus ennemi
Qui nous attriste, nous énerve et nous agace.
Or, peu mystiques, nos capitaines Fracasse
Songèrent (John Falstaff lui-même en eût frémi)

Qu'ils avaient bu, que tout vin bu filtre et s'égoutte,
Et qu'en outre ce mort avec son chef béant
Ne serait pas fâché de boire aussi, sans doute.

Mais comme il ne faut pas insulter au Néant,
Le squelette s'étant dressé sur son séant
Fit signe qu'ils pouvaient continuer leur route.

mercredi 10 octobre 2007, a 18:26
Demain
 




Agé de cent-mille ans, j'aurais encore la force
De t'attendre, o demain pressenti par l'espoir.
Le temps, vieillard souffrant de multiples entorses,
Peut gémir: neuf est le matin, neuf est le soir.


Mais depuis trop de mois nous vivons à la veille,
Nous veillons, nous gardons la lumière et le feu,
Nous parlons à voix basse et nous tendons l'oreille
A maint bruit vite éteint et perdu comme au jeu.
Or, du fond de la nuit, nous témoignons encore
De la splendeur du jour et de tous ses présents.
Si nous ne dormons pas c'est pour guetter l'aurore
Qui prouvera qu'enfin nous vivons au présent.


Robert Desnos (État de veille, 1942)

samedi 22 septembre 2007, a 18:06
meli melodie
 

  Oui, mon doux minet, la mini,
Oui, la mini est la manie
Est la manie de Mélanie
Mélanie l'amie d'Amélie...
Amélie dont les doux nénés
Doux nénés de nounou moulés
Dans de molles laines lamées
Et mêlées de lin milanais...
Amélie dont les nénés doux
Ont donné à l'ami Milou
(Milou le dadais de Limoux)
L'idée d'amener des minous...
Des minous menus de Lima
Miaulant dans les dais de damas
Et dont les mines de lama
Donnaient mille idées à Léda...

Léda dont les dix dents de lait
Laminaient les mâles mollets
D'un malade mendiant malais
Dinant d'amibes amidonnées
Mais même amidonnée l'amibe
Même l'amibe malhabile
Emmiellée dans la bile humide
L'amibe, ami, mine le bide...
Et le dit malade adulé
Dont Léda limait les mollets
Indûment le mal a donné
Dame Léda l'y a aidé !
Et Léda dont la libido
Demande dans le bas du dos
Mille lents mimis d'animaux
Aux doux minets donna les maux...

Et les minets de maux munis
Mendiant de midi à minuit
Du lait aux nénés d'Amélie
L'ont, les maudits, d'amibes enduit
Et la maladie l'a minée,
L'Amélie aux dodus nénés
Et mille maux démodelaient
Le doux minois de la mémé
Mélanie le mit au dodo
Malade, laide, humide au dos
Et lui donna dans deux doigts d'eau
De la boue des bains du Lido
Dis, là-dedans, où est la mini ?
Où est la mini de Mélanie ?...
- Malin la mini élimée
Mélanie l'à éliminée

Ah la la la la ! Quel méli mélo, dis !
Ah la la la la ! Quel méli mélo, dis !

 

B.Lapointe, mon tricoteur de mots préféré

lundi 10 septembre 2007, a 18:13
Léo Ferré: La jalousie
 

  
  Dis-moi la jalousie comment ça fait comment ça vient
Comment ça va Dis-moi comment ça s'fringue aussi la jalousie dis-moi
Avec des bas tirés dessus comme une arme qui se dégaine
Et qui poursuit des rêves vieux de cent mille ans
Avec au creux des dents de loup
Dis-moi la jalousie quand ça te prend
Au fond d'un lit où tu es seul
Avec dans le plafond des araignées
Qui tissent un peu de ta mélancolie
Que tu prendras demain matin sur l'autoroute
A te traîner aux portes de Paris

Dis-moi la jalousie comment ça fait comment ça vient
Comment ça va Dis-moi comment ça fait des trous la jalousie dis-moi
Avec des yeux qui sont doublés comme un radar qui se souvient
En pleine nuit de mille autres yeux tout cernés
Avec au fond des revolvers
Dis-moi la jalousie quand ça te prend
Au bord du gouffre où tu es seul
Avec au fond dans la vallée du sang
Versé dans les poubelles de l'amour
Dans les fanfares du retour sur l'autoroute
A te rentrer dans ta banlieue Dis-moi

Dis-moi la jalousie comment ça fait comment ça vient
Comment ça va Dis-moi comment ça tue le temps la jalousie dis-moi
Avec le chrono dans le cœur que tu n'arrêteras jamais
A moins qu'il ne s'arrête en plein milieu d'un lit
Meuble à deux à deux sans toi
Dis-moi la jalousie quand ça te prend
Au fond du creux dans la
géométrie de ta banlieue avec ses mains
Qui grattent au ciel Dis-moi les revolvers
C'est pas fait pour les chiens et si tu n'es qu'un chien
T'as qu'à rentrer dans ta niche à moins que

A moins que... A moins que...

Allez... Tire-toi !

vendredi 31 août 2007, a 17:23
Plate prière
 

 

Anne Sylvestre   1969

 


 

Seigneur, délivrez-nous de ces filles sans fesses
qui regardent les nôtres avec réprobation.
Seigneur, délivrez-nous de ces tristes drôlesses,
ou donnez-nous au moins quelques compensations.

Faites qu'autour de la table on leur réserve le banc,
c'est assez confortable sans un certain répondant;
et faites que la salade, la tomate et le citron
rendent beaucoup plus malade qu'un modeste miroton;
et dans votre bonté, faites aussi que le thé
donne plein de calories, Vierge Marie.

Faites que dans les boutiques on regarde de travers
leurs silhouettes étiques nager dans les pull-overs;
qu'essayant la plus banale des robes, on leur dise un peu:
"On fait les tailles normales" sur un ton très dédaigneux;
et dans votre justice, faites que dans leur 36
on les prenne pour des salsifis, ô Sainte Sophie.

Faites que tous ces jeunes hommes, les invitant à dîner,
cessent un peu d'être économes et veuillent imaginer
qu'en ouvrant les bras plus large, ils y gagneraient un peu:
- les filles avec une marge, ça fait beaucoup moins de bleus -
et faites qu'une fois, privés de contrepoids,
ils se foutent la gueule par terre, ô grand Saint-Pierre.

Faites que les magazines payent le papier moins cher,
- c'est pour cela, j'imagine, qu'on voit été comme hiver,
rangés à douze par page des sardines très mini,
des haricots sur la plage ou d'élégants spaghettis -
et que les photographes, dégoûtés des girafes,
découvrent les trois dimensions, Saint Timoléon.

Seigneur, gardez-vous bien de leur donner des fesses:
nous porterons les nôtres avec sérénité.
Seigneur, ne croyez pas surtout que ça nous blesse:
abondance de biens n'a jamais rien gâté.

jeudi 23 août 2007, a 19:30
L'amour fou, une chanson de LEO FERRE
 

  La mer en vous comme un cadeau
Et dans vos vagues enveloppée
Tandis que de vos doigts glacés
Vous m'inventez sur un seul mot
O Ma Frégate des hauts-fonds
Petite frangine du mal
Remettez-vous de la passion
Venez que je vous fasse mal
Je vous dirai des mots d'amour
Des mots de rien de tous les jours
Les mots du pire et du meilleur
Et puis des mots venus d'ailleurs
Je vous dirai que je t'aimais
Tu me diras que vous m'aimez
Vous me ferez ce que tu peux
Je vous dirai ce que tu veux
Je vous dirai ce que tu veux

Je vous aime d'amour

Si t'as seize ans et des poussières
A nous deux ça fait des années
Que je prépare ma galère
A te ramer à t'affoler
Voilà que tu cherches ton bien
Dans les vitrines de ma nuit
Achète-moi je ne vaux rien
Puisque l'amour n'a pas de prix
Comme une louve sous son loup
Quand je vous ferai des petits
Vous banderez vos yeux jaloux
Avec un loup de satin gris
Tout comme est gris le jour qui va
Petite sœur écoutez-moi
Comme un bateau entre mes doigts
Vous coulerez je vous le dois
Vous coulerez je vous le dois

Je vous aime d'amour

Si la mort avait ton regard
Je meurs ce soir sans regarder
Et te demanderai ma part
Au bord du vide et des baisers
L'amour ça ne meurt que la nuit
Alors habille-toi en moi
Avec un peu de rouge aussi
J'aurai ta mort entre mes bras
Lorsque vous me mettrez en croix
Dans votre forêt bien apprise
Et que je boirai tout en bas
La sève tant et tant promise
Je vous engouffrerai de sang
Pendant que vous serez charmée
Et je vous donnerai l'enfant
Que vous n'avez jamais été
Que vous n'avez jamais été

Je vous aime d'amour

 


 

mardi 21 août 2007, a 18:32
Soupir
 

   

Mon âme vers ton front où rêve, ô calme soeur,
Un automne jonché de taches de rousseur,
Et vers le ciel errant de ton oeil angélique
Monte, comme dans un jardin mélancolique,
Fidèle, un blanc jet d'eau soupire vers l'Azur!
- Vers l'Azur attendri d'Octobre pâle et pur
Qui mire aux grands bassins sa langueur infinie
Et laisse, sur l'eau morte où la fauve agonie
Des feuilles erre au vent et creuse un froid sillon,
Se traîner le soleil jaune d'un long rayon.

 Stéphane Mallarmé

mercredi 15 août 2007, a 17:15
question posée
 

  Être ou ne pas être,

c'est là la question. Y a-t-il plus de noblesse d'âme à subir la fronde et les flèches de la fortune outrageante, ou bien à s'armer contre une mer de douleurs et à l'arrêter par une révolte? Mourir... dormir, rien de plus;... et dire que par ce sommeil nous mettons fin aux maux du coeur et aux mille tortures naturelles qui sont le legs de la chair: c'est là un dénouement qu'on doit souhaiter avec ferveur. Mourir... dormir, dormir ! peut-être rêver! Oui, là est l'embarras. Car quels rêves peut-il nous venir dans ce sommeil de la mort, quand nous sommes débarrassés de l'étreinte de cette vie ?
Voilà qui doit nous arrêter. C'est cette réflexion-là qui nous vaut la calamité d'une si longue existence.
Qui, en effet,voudrait supporter les flagellations et les dédains du monde, l'injure de l'oppresseur, l'humiliation de la pauvreté, les angoisses de l'amour méprisé, les lenteurs de la loi, l'insolence du pouvoir, et les rebuffades que le mérite résigné reçoit d'hommes indignes, s'il pouvait en être quitte avec un simple poinçon? 

Qui voudrait porter ces fardeaux, grogner et suer sous une vie accablante, si la crainte de quelque chose après la mort, de cette région inexplorée, d'où nul voyageur ne revient, ne troublait la volonté, et ne nous faisait supporter les maux que nous avons par peur de nous lancer dans ceux que nous ne connaissons pas? Ainsi, la conscience fait de nous tous des lâches; ainsi les couleurs natives de la résolution blêmissent sous les pâles reflets de la pensée; ainsi les entreprises les plus énergiques et les plus importantes se détournent de leur cours, à cette idée, et perdent le nom d'action...
William Shakespeare: Hamlet, Acte III, scène I

 

to dream no more..

 

lundi 13 août 2007, a 20:24
un petit vers d'Yves Bonnefoy pour la nuit
 

  Il désirait, sans connaître,

     Il a péri, sans avoir.

Toutes lignes de vent et de déception

          furent son gîte.

             Infiniment

       Il n'a étreint que sa mort

vendredi 03 août 2007, a 18:27
quelques vers de Rimbaud
 

 

 

 

LES ASSIS

 

 

Noirs de loupes, grêlés, les yeux cerclés de bagues
Vertes, leurs doigts boulus crispés à leurs fémurs,
Le sinciput plaqué de hargnosités vagues
Comme les floraisons lépreuses des vieux murs ;

Ils ont greffé dans des amours épileptiques
Leur fantasque ossature aux grands squelettes noirs
De leurs chaises ; leurs pieds aux barreaux rachitiques
S'entrelacent pour les matins et pour les soirs !

Ces vieillards ont toujours fait tresse avec leurs sièges,
Sentant les soleils vifs percaliser leur peau,
Ou, les yeux à la vitre où se fanent les neiges,
Tremblant du tremblement douloureux du crapaud.

Et les Sièges leur ont des bontés : culottée
De brun, la paille cède aux angles de leurs reins ;
L'âme des vieux soleils s'allume, emmaillotée
Dans ces tresses d'épis où fermentaient les grains.

Et les Assis, genoux aux dents, verts pianistes,
Les dix doigts sous leur siège aux rumeurs de tambour,
S'écoutent clapoter des barcarolles tristes,
Et leurs caboches vont dans des roulis d'amour.

- Oh ! ne les faites pas lever ! C'est le naufrage...
Ils surgissent, grondant comme des chats giflés,
Ouvrant lentement leurs omoplates, ô rage !
Tout leur pantalon bouffe à leurs reins boursouflés.

Et vous les écoutez, cognant leurs têtes chauves,
Aux murs sombres, plaquant et plaquant leurs pieds tors,
Et leurs boutons d'habit sont des prunelles fauves
Qui vous accrochent l'oeil du fond des corridors !

Puis ils ont une main invisible qui tue :
Au retour, leur regard filtre ce venin noir
Qui charge l'oeil souffrant de la chienne battue,
Et vous suez, pris dans un atroce entonnoir.

Rassis, les poings noyés dans des manchettes sales,
Ils songent à ceux-là qui les ont fait lever
Et, de l'aurore au soir, des grappes d'amygdales
Sous leurs mentons chétifs s'agitent à crever.

Quand l'austère sommeil a baissé leurs visières,
Ils rêvent sur leur bras de sièges fécondés,
De vrais petits amours de chaises en lisière
Par lesquelles de fiers bureaux seront bordés ;

Des fleurs d'encre crachant des pollens en virgule
Les bercent, le long des calices accroupis
Tels qu'au fil des glaïeuls le vol des libellules
- Et leur membre s'agace à des barbes d'épis.

 

 

Mis en musique par Léo Ferré,   c'est sublime!












vendredi 20 juillet 2007, a 20:25
une femme désespérée
 

 OPHELIE

 

 

 Sur l'onde calme et noire où dorment les étoiles
La blanche Ophélia flotte comme un grand lys,
Flotte très lentement, couchée en ses longs voiles...
- On entend dans les bois lointains des hallalis.

Voici plus de mille ans que la triste Ophélie
Passe, fantôme blanc, sur le long fleuve noir
Voici plus de mille ans que sa douce folie
Murmure sa romance à la brise du soir

Le vent baise ses seins et déploie en corolle
Ses grands voiles bercés mollement par les eaux ;
Les saules frissonnants pleurent sur son épaule,
Sur son grand front rêveur s'inclinent les roseaux.

Les nénuphars froissés soupirent autour d'elle ;
Elle éveille parfois, dans un aune qui dort,
Quelque nid, d'où s'échappe un petit frisson d'aile :
- Un chant mystérieux tombe des astres d'or

II

O pâle Ophélia ! belle comme la neige !
Oui tu mourus, enfant, par un fleuve emporté !
C'est que les vents tombant des grand monts de Norwège
T'avaient parlé tout bas de l'âpre liberté ;

C'est qu'un souffle, tordant ta grande chevelure,
À ton esprit rêveur portait d'étranges bruits,
Que ton coeur écoutait le chant de la Nature
Dans les plaintes de l'arbre et les soupirs des nuits ;

C'est que la voix des mers folles, immense râle,
Brisait ton sein d'enfant, trop humain et trop doux ;
C'est qu'un matin d'avril, un beau cavalier pâle,
Un pauvre fou, s'assit muet à tes genoux !

Ciel ! Amour ! Liberté ! Quel rêve, ô pauvre Folle !
Tu te fondais à lui comme une neige au feu :
Tes grandes visions étranglaient ta parole
- Et l'Infini terrible éffara ton oeil bleu !

III

- Et le Poète dit qu'aux rayons des étoiles
Tu viens chercher, la nuit, les fleurs que tu cueillis ;
Et qu'il a vu sur l'eau, couchée en ses longs voiles,
La blanche Ophélia flotter, comme un grand lys.

Arthur Rimbaud

 

et c'est pourquoi ainsi tu te nommas

lundi 16 juillet 2007, a 13:31
un poète marseillais, andré ughetto
 

 

 

 

"Promenade"

                                     à Roseline

 

Le flottement des saules sur ce visage délicat

Vers quoi filent mes tendresses

Comme des champs d'épis dressés

 

Tu t'étoiles, amoureuse.

Le vent est le sophiste capable de te perdre,

Capable de prouver  le nord et le surd

En brillant sur tes cheveux.

 

Garde-toi des eaux transparentes, des eaux végétales

poussées à rebours sur le dos huileux des cascades.

Un pont te mène sur mon ile à l'endroit précis

Où le soleil de mars perd ses graines bienheureuses,

En un soir d'agrumes coupées.

 

Ose franchir.

Il n'y a point de mascaret sur la rivière,

Point de signal.

Le réveil des fleurs est un acte sans réflexion.

 

 

poésies

 

 Qui saigne signe  
 L'Astéroïde bienfaisant,

  Rues de la forêt belle 2004,


 

oeuvres cinématographiques

 

Le Maître des moissons, 90 mn, 16 mm noir et blanc, tourné au Maroc, prix spécial du Jury long-métrage, festival de Toulon-Hyères, 1972;
- Volubilis, fleur et cité, 15mn, 16mm noir et blanc, tourné au Maroc, 1968-69 ; exploitation par la télévision marocaine ;
- Récréations, tournage avec des élèves du lycée de Valréas, 1971 ; L'Air du temps, réalisé dans les mêmes conditions, en 1973 ;
- La Mémoire du feu, 26 mn, 16mm couleurs, en hommage à la poésie de René Char,1976;
- Mutus Liber, Tableaux pour Nicolas Flamel, 55mn, 16mm couleurs, fiction sur les symboles de l'alchimie, sélection "Perspectives du Cinéma français", festival de Cannes, 1984.

dimanche 24 juin 2007, a 17:11
une innocentine et une ballade higelinesque
 

  Chez moi

René de Obaldia

 

Chez moi, dit la petite fille
On élève un éléphant.
Le dimanche son oeil brille
Quand Papa le peint en blanc.

Chez moi, dit le petit garçon
On élève une tortue.
Elle chante des chansons
En latin et en laitue.

Chez moi, dit la petite fille
Notre vaisselle est en or,
Quand on mange des lentilles
On croit manger un trésor.

Chez moi, dit le petit garçon
Vit un empereur chinois.
Il dort sur le paillasson
Aussi bien qu’un Iroquois.

Iroquois! dit la petite fille.
Tu veux te moquer de moi.
Si je trouve mon aiguille,
Je vais te piquer le doigt!

 

 

La croisade des enfants

J.Higelin

Pourra-t-on un jour vivre sur la Terre
Sans colère, sans mépris.
Sans chercher ailleurs
Qu’au fond de son coeur
La réponse au mystère de la vie.
Dans le ventre de l’Univers
Des milliards d’étoiles
Naissent et meurent à chaque instant
Où l’homme apprend la guerre à ses enfants.

J’suis trop p’tit
Pour me prendre au sérieux
Trop sérieux
Pour faire le jeu des grands
Assez grand pour affronter la vie
Trop petit pour être malheureux.

Verra-t-on enfin les êtres humains
Rire aux larmes, de leurs peurs
Enterrer les armes, écouter leur coeur
Qui se bat, qui se bat pour la vie.

Trop petit pour les grands
Assez grand pour la vie.


 

mercredi 20 juin 2007, a 21:23
depuis hier les cigales chantent
 

 

"La nuit promet d'être belle car voici qu'au fond du ciel apparaît
La lune rousse
Saisis d'une sainte frousse, tout le commun des mortels crois voir le
Diable à ses trousses
Valets volages et vulgaires, ouvrez mon sarcophage et vous pages pervers courrez au cimetière
Prévenez de ma part mes amis nécrophages que ce soir nous sommes attendus
Dans les marécages.


Voici mon message: cauchemars, fantômes et squelettes,
laissez flotter vos idées noires prés de la mare aux oubliettes,
tenue du suaire obligatoire.

Lutin, lucioles, feu-follets, elfes faunes et farfadets effraient
mes grand carnassiers, une muse un peu dodue me dit d'un air entendu:
"vous auriez pu vous raser", comme je lui fais remarquer deux, trois pendus
Attablés qui sont venus sans cravates "tiens vous avez remarqué", elle me
regarde de un oeil hagard et vomis sans crier gare quelques vipères écarlates.

Vampires éblouis par de lubriques vestales, égeries insatiables chevauchant des valkyries,
infernal appétit de frénésies bacchanales qui charme nos âmes envahies
par la mélancolie.

Satyres joufflus, bouc émissaire, gargouille émue, fière gorgone;
Laissez ma couronne aux sorcières et mes chimères a la licorne.

Soudain les arbres frissonnent car Lucifer en personne fait
une courte apparition, l'air tellement accablés qu'on lui donnerait
volontiers le bon dieu sans concession s'il ne laissait malicieux
courir le bout de sa queue devant ses yeux maléfiques
Et ne se dressait d'un bond dans un concert de jurons disant
D'un ton maléfique:
"Que les damnés obscènes cyniques et corrompus fassent griefs de
leurs peines à ceux qu'ils ont élus car devant tant de problèmes
et de malentendus, les dieux et les diables en ont finis par
douter d'eux mêmes"

Oh dédain suprême, mais déjà le ciel blanchit, esprits je vous remercie
de m'avoir si bien reçu.
"Cocher lugubre et bossu, ramenez-moi au manoir et lâchez ce
crucifix, décrochez moi ces gousses d'ail qui deshonorent mon portail
et me chercher sans retard l'ami qui soigne et guérit la folie
qui m'accompagne et jamais ne m'as trahi Champagne!!"

 

J.Higelin

 

lundi 18 juin 2007, a 18:33
un texte de catherine le forestier (1974)
 

 

Toujours d'actualité

 

ALLEZ VOIR MES VOISINS

Si vous voulez parler de ces pays lointains
Où l'on meurt de misère et de faim
Des enfants du Biafra et des petits indiens
A deux pas de chez moi allez voir mes voisins

Vous ne trouverez pas leur nom dans le Bottin
Moussa, Mohamed et Salem
Et vous aurez du mal à trouvez le chemin
A deux pas de chez moi allez voir mes voisins

La concierge me dit qu'ils ne sont bons à rien
Qu'ils n'ont pas les manières des chrétiens
Qu'ils respirent notre air et mangent notre pain
A deux pas de chez moi allez voir mes voisins

C'est vrai que nos grands-pères étaient des gens de bien
Qu'ils avaient des manières de chrétiens
Quand ils ont pris la terre d'Afrique aux africains
A deux pas de chez moi allez voir mes voisins

Ils ont fait de ces hommes vos grands-pères et les miens
Des balayeurs et des fantassins
Et si le pain est cher leur vie ne coûte rien
A deux pas de chez moi allez voir mes voisins

Aux concours de misère leurs taudis valent bien
New Delhi, Calcutta ou Harlem
C'est aussi pittoresque mais c'est beaucoup moins loin
A deux pas de chez moi allez voir mes voisins

Vous les voyez traîner de Montrouge à Pantin
Pourtant ils pourraient bien un matin
Venir vous réveiller vous qui dormez si bien
A deux pas de chez moi allez voir mes voisins

Si vous voulez parler de ces pays lointains
Où l'on meurt de misère et de faim
Des enfants du Biafra et des petits indiens
A deux pas de chez moi allez voir mes voisins

A deux pas de chez toi va donc voir tes voisins

jeudi 07 juin 2007, a 19:52
petit hommage à un tricoteur de mots
 

 Boby Lapointe  

 

"andréa c'est toi" 1975


 

 

 

 

 

Andréa c'est toi l'amante la plus belle
Veux-tu m'aimer, dis, à m'aimer, consens vas ! -
Qu'est-ce qu'y dit ?
Ah ! qu'as-tu fait - Quoi
de moi cruelle - Mais qu'est-ce qu'y dit ?
Ecoute-la ma ritournelle - Qu'est-ce que tu dis ?
répète
un peu
Andréa c'est toi l'amante la plus belle -
L'ntre et assieds-toi. Bon allez
je m'assois. Mates la plus belle... je mate
Veux-tu m'aimer ? - Veux-tu mémé ? non j'en
veux pas
dis, à m'aimer, consens va ! dis, de ta mémé.
Dis a mémé qu'on s'en va ?
Oh dis-lui toi-même
c'est pas mes oignons ! c'est pas à moi à
lui dire...à mémé qu'on s'en va.

Ah ! qu'as-tu fais de moi cruelle - Ma querelle ?
Ta querelle, c'est toi qui cherches
querelle ! moi j'ai jamais cherché querelle !

Ecoute la - Au coutelas ? Ah ! ben tu y vas fort
hein !
ma ritournelle - Tu m'as retourné le quoi ?
Au coutelas tu m'as retourné le...
attends j'ai compris, répètes un peu

Andréa c'est toi - Entre et assieds toi.
Oui ça j'avais compris
toi l'amante - Toile à matelas
la plus belle - Montes la poubelle ! moi jamais !
Veux-tu m'aimer - Non je veux pas t'aider...
je veux pas t'aider à monter la poubelle
dis à m'aimer, consens va ! - Qu'on sent, qu'est-ce
qu'on sent ? J'ai pas compris.
On s'en quoi ? Ah ! qu'as-tu fait - Caca truffé Oh
ben non non !
de moi cruelle - Caca truffé dans ma truelle ? caca
truffé dans ta truelle ?
Oh ben c'est sale ça c'est pas propre

Ecoute-la - Egoutte-la toi-même hein moi j'y
touche pas
ma ritournelle - D'ailleurs maintenant j'ai compris
tout le truc. J'ai compris toute la chanson.
Je vais la chanter avec toi.
Allez !

Andréa c'est toi - Entre et assieds-toi là
Toile à matelas
L'amante la plus belle - Mate la plus belle
Montes la poubelle
Belle belle belle

Veux-tu m'aimer - Belle veux-tu mé mé
Belle veux-tu méé
Le veux-tu ma mémé dis ?
- Veux tu ma mémé, dis.
Mais dis a mémé mais,
dis à m'aimer Mais dis à mémé con,
consens Dis à mémé qu'on sent,
va ! Ah dis mec on s'en va
Dis mec on s'en va...
Ah qu'as-tu fait de moi cruelle - Ah non ! caca
truffé encore ! ah non, non,
Ecoute la ritournelle c'est trop ! c'est... c'est pas
bien, c'est
pas propre comme ça. Là y en a assez
Elle idiote, d'ailleurs, ta chanson...
Allez ! non ! maintenant on arrête !
Non maintenant y'en a assez !

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