| samedi 23 mai 2009, a 21:44 |
| mots tissés |
Chaleur
Anna de Noailles
Tout luit, tout bleuit, tout bruit, Le jour est brûlant comme un fruit Que le soleil fendille et cuit.
Chaque petite feuille est chaude Et miroite dans l'air où rôde Comme un parfum de reine-claude.
Du soleil comme de l'eau pleut Sur tout le pays jaune et bleu Qui grésille et oscille un peu.
Un infini plaisir de vivre S'élance de la forêt ivre, Des blés roses comme du cuivre

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| lundi 13 avril 2009, a 16:57 |
| mots tissés |
Les papillons
Gérard De Nerval
De toutes les belles choses
Qui nous manquent en hiver,
Qu'aimez-vous mieux ? - Moi, les roses ;
- Moi, l'aspect d'un beau pré vert ;
- Moi, la moisson blondissante,
Chevelure des sillons ;
- Moi, le rossignol qui chante ;
- Et moi, les beaux papillons !
Le papillon, fleur sans tige,
Qui voltige,
Que l'on cueille en un réseau ;
Dans la nature infinie,
Harmonie
Entre la plante et l'oiseau !...
Quand revient l'été superbe,
Je m'en vais au bois tout seul :
Je m'étends dans la grande herbe,
Perdu dans ce vert linceul.
Sur ma tête renversée,
Là, chacun d'eux à son tour,
Passe comme une pensée
De poésie ou d'amour !
Voici le papillon "faune",
Noir et jaune ;
Voici le "mars" azuré,
Agitant des étincelles
Sur ses ailes
D'un velours riche et moiré.
Voici le "vulcain" rapide,
Qui vole comme un oiseau :
Son aile noire et splendide
Porte un grand ruban ponceau.
Dieux ! le "soufré", dans l'espace,
Comme un éclair a relui...
Mais le joyeux "nacré" passe,
Et je ne vois plus que lui !
II
Comme un éventail de soie,
Il déploie
Son manteau semé d'argent ;
Et sa robe bigarrée
Est dorée
D'un or verdâtre et changeant.
Voici le "machaon-zèbre",
De fauve et de noir rayé ;
Le "deuil", en habit funèbre,
Et le "miroir" bleu strié ;
Voici l'"argus", feuille-morte,
Le "morio", le "grand-bleu",
Et le "paon-de-jour" qui porte
Sur chaque aile un oeil de feu !
Mais le soir brunit nos plaines ;
Les "phalènes"
Prennent leur essor bruyant,
Et les "sphinx" aux couleurs sombres,
Dans les ombres
Voltigent en tournoyant.
C'est le "grand-paon" à l'oeil rose
Dessiné sur un fond gris,
Qui ne vole qu'à nuit close,
Comme les chauves-souris ;
Le "bombice" du troëne,
Rayé de jaune et de vent,
Et le "papillon du chêne"
Qui ne meurt pas en hiver !...
Voici le "sphinx" à la tête
De squelette,
Peinte en blanc sur un fond noir,
Que le villageois redoute,
Sur sa route,
De voir voltiger le soir.
Je hais aussi les "phalènes",
Sombres hôtes de la nuit,
Qui voltigent dans nos plaines
De sept heures à minuit ;
Mais vous, papillons que j'aime,
Légers papillons de jour,
Tout en vous est un emblème
De poésie et d'amour !
III
Malheur, papillons que j'aime,
Doux emblème,
A vous pour votre beauté !...
Un doigt, de votre corsage,
Au passage,
Froisse, hélas ! le velouté !...
Une toute jeune fille
Au coeur tendre, au doux souris,
Perçant vos coeurs d'une aiguille,
Vous contemple, l'oeil surpris :
Et vos pattes sont coupées
Par l'ongle blanc qui les mord,
Et vos antennes crispées
Dans les douleurs de la mort !...
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| dimanche 29 mars 2009, a 10:21 |
| mots tissé |
Après l'hiver
V. Hugo
Tout revit, ma bien aimée ! Le ciel gris perd sa pâleur ; Quand la terre est embaumée, Le coeur de l'homme est meilleur.
En haut, d'où l'amour ruiselle, En bas, où meurt la douleur, La même immense étincelle Allume l'astre et la fleur.
L'hiver fuit, saison d'alarmes, Noir avril mystérieux Où l'âpre sève des larmes Coule, et du coeur monte aux yeux.
O douce désuétude De souffrir et de pleurer ! Veux-tu, dans la solitude, Nous mettre à nous adorer ?
La branche au soleil se dore Et penche, pour l'abriter, Ses boutons qui vont éclore Sur l'oiseau qui va chanter.
L'aurore où nous nous aimâmes Semble renaître à nos yeux ; Et mai sourit dans nos âmes Comme il sourit dans les cieux.
On entend rire, on voit luire Tous les êtres tour à tour, La nuit les astres bruire, Et les abeilles le jour.
Et partout nos regards lisent, Et, dans l'herbe et dans les nids, De petites voix nous disent : "Les aimants sont les bénis !"
L'air enivre ; tu reposes A mon cou tes bras vainqueurs. Sur les rosiers que de roses ! Que de soupirs dans nos coeurs !
Comme l'aube, tu me charmes ; Ta bouche et tes yeux chéris Ont, quand tu pleures, ses larmes, Et ses perles quand tu ris.
La nature, soeur jumelle D'Eve et d'Adam et du jour, Nous aime, nous berce et mêle Son mystère à notre amour.
Il Suffit que tu paraisses Pour que le ciel, t'adorant, Te contemple ; et, nos caresses, Toute l'ombre nous les rend !
Clartés et parfums nous-mêmes, Nous baignons nos coeurs heureux Dans les effluves suprêmes Des éléments amoureux.
Et, sans qu'un souci t'oppresse, Sans que ce soit mon tourment, J'ai l'étoile pour maîtresse ; Le soleil est ton amant ;
Et nous donnons notre fièvre Aux fleurs où nous appuyons Nos bouches, et notre lèvre Sent le baiser des rayons. |
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| mercredi 18 mars 2009, a 18:07 |
| mots tissés |
rintemps
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Tout est lumière, tout est joie.
L'araignée au pied diligent
Attache aux tulipes de soie
Les rondes dentelles d'argent.
La frissonnante libellule
Mire les globes de ses yeux
Dans l'étang splendide où pullule
Tout un monde mystérieux.
La rose semble, rajeunie,
S'accoupler au bouton vermeil
L'oiseau chante plein d'harmonie
Dans les rameaux pleins de soleil.
Sous les bois, où tout bruit s'émousse,
Le faon craintif joue en rêvant :
Dans les verts écrins de la mousse,
Luit le scarabée, or vivant.
La lune au jour est tiède et pâle
Comme un joyeux convalescent;
Tendre, elle ouvre ses yeux d'opale
D'où la douceur du ciel descend !
Tout vit et se pose avec grâce,
Le rayon sur le seuil ouvert,
L'ombre qui fuit sur l'eau qui passe,
Le ciel bleu sur le coteau vert !
La plaine brille, heureuse et pure;
Le bois jase ; l'herbe fleurit.
- Homme ! Ne crains rien ! La nature
Sait le grand secret, et sourit.
Victor Hugo |
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| mardi 10 mars 2009, a 17:45 |
| mots tissés |
L'homme et la mer
Homme libre, toujours tu chériras la mer ! La mer est ton miroir ; tu contemples ton âme Dans le déroulement infini de sa lame, Et ton esprit n'est pas un gouffre moins amer.
Tu te plais à plonger au sein de ton image ; Tu l'embrasses des yeux et des bras, et ton coeur Se distrait quelquefois de sa propre rumeur Au bruit de cette plainte indomptable et sauvage.
Vous êtes tous les deux ténébreux et discrets : Homme, nul n'a sondé le fond de tes abîmes ; Ô mer, nul ne connaît tes richesses intimes, Tant vous êtes jaloux de garder vos secrets !
Et cependant voilà des siècles innombrables Que vous vous combattez sans pitié ni remord, Tellement vous aimez le carnage et la mort, Ô lutteurs éternels, ô frères implacables !
baudelaire
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| vendredi 06 mars 2009, a 18:49 |
| mots tissés |
La bise
Le temps mène le deuil de notre destinée ; La terre est un sépulcre, et la lugubre année, Gardienne pâle des tombeaux, Autour du cénotaphe où gît, couvert de voiles, Le genre humain couché sous le drap des étoiles, Allume ses douze flambeaux.
La bise fait le bruit d'un géant qui soupire ; La fenêtre palpite et la porte respire ; Le vent d'hiver glapit sous les tuiles des toits ; Le feu fait à mon âtre une pâle dorure ; Le trou de ma serrure Me souffle sur les doigts.
Victor Hugo
froid il fait................ |
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| mardi 10 février 2009, a 21:03 |
| mots tissés |

A travers la tempête, et la neige, et le givre,
C'est la clarté vibrante à notre horizon noir ;
C'est l'auberge fameuse inscrite sur le livre,
Où l'on pourra manger, et dormir, et s'asseoir.
Charles Baudelaire
Poème "La mort des pauvres" |
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| mercredi 08 octobre 2008, a 20:27 |
| mots tissés |
Le vent
Sur la bruyère longue infiniment,
Voici le vent cornant Novembre,
Sur la bruyère, infiniment,
Voici le vent
Qui se déchire et se démembre,
En souffles lourds battant les bourgs,
Voici le vent,
Le vent sauvage de Novembre.
Aux puits des fermes,
Les seaux de fer et les poulies
Grincent.
Aux citernes des fermes,
Les seaux et les poulies
Grincent et crient
Toute la mort dans leurs mélancolies.
Le vent rafle, le long de l'eau,
Les feuilles vertes des bouleaux,
Le vent sauvage de Novembre;
Le vent mord dans les branches
Des nids d'oiseaux;
Le vent râpe du fer,
Et peigne au loin les avalanches,
- Rageusement - du vieil hiver,
Rageusement, le vent,
Le vent sauvage de Novembre.
Dans les étables lamentables
Les lucarnes rapiécées
Ballottent leurs loques falotes
De vitre et de papier.
- Le vent sauvage de Novembre! -
Sur sa hutte de gazon bistre,
De bas en haut, à travers airs,
De haut en bas, à coups d'éclairs,
Le moulin noir fauche, sinistre,
Le moulin noir fauche le vent,
Le vent,
Le vent sauvage de Novembre.
Les vieux chaumes à cropetons,
Autour de leurs clochers d'église,
Sont soulevés sur leurs bâtons;
Les vieux chaumes et leurs auvents
Claquent au vent,
Au vent sauvage de Novembre.
Les croix du cimetière étroit,
Les bras des morts que sont ces croix,
Tombent comme un grand vol,
Rabattu noir, contre le sol.
Le vent sauvage de Novembre,
Le vent,
L'avez-vous rencontré le vent,
Au carrefour des trois cents routes ;
L'avez-vous rencontré le vent,
Celui des peurs et des déroutes;
L'avez-vous vu cette nuit-là
Quand il jeta la lune à bas,
Et que, n'en pouvant plus,
Tous les villages vermoulus
Criaient comme des bêtes
Sous la tempête?
Sur la bruyère, infiniment,
Voici le vent hurlant.
Voici le vent cornant Novembre.
Émile Verhaeren ("Les villages illusoires")
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| dimanche 28 septembre 2008, a 17:14 |
| l'arbre en poésie...suite |

Sur ses larges bras étendus, La forêt où s'éveille Flore, A des chapelets de pendus Que le matin caresse et dore. Ce bois sombre, où le chêne arbore Des grappes de fruits inouïs Même chez le Turc et le Maure, C'est le verger du roi Louis.
Tous ces pauvres gens morfondus, Roulant des pensers qu'on ignore, Dans des tourbillons éperdus Voltigent, palpitants encore. Le soleil levant les dévore. Regardez-les, cieux éblouis, Danser dans les feux de l'aurore. C'est le verger du roi Louis.
Ces pendus, du diable entendus, Appellent des pendus encore. Tandis qu'aux cieux, d'azur tendus, Où semble luire un météore, La rosée en l'air s'évapore, Un essaim d'oiseaux réjouis Par-dessus leur tête picore. C'est le verger du roi Louis
Prince, il est un bois que décore Un tas de pendus enfouis Dans le doux feuillage sonore. C'est le verger du roi Louis!
THEODORE DE BANVILLE |
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| dimanche 28 septembre 2008, a 17:07 |
| l'arbre en poésie ...suite |
Dans la forêt sans heures
On abat un grand arbre
Un vide vertical
Tremble en forme de fût
Près du tronc étendu.
Cherchez, cherchez, oiseaux,
La place de vos nids
Dans ce haut souvenir
Tant qu'il murmure encore.
Jules Supervielle

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| jeudi 18 septembre 2008, a 20:15 |
| mots tissés |
il était une feuille

Il était une feuille avec ses lignes Ligne de vie Ligne de chance Ligne de cœur. Il était un arbre au bout de la branche. Un arbre digne de vie Digne de chance Digne de cœur. Cœur gravé, percé, transpercé, Un arbre que nul jamais ne vit. Il était des racines au bout de l'arbre. Racines vignes de vie Vignes de chance Vignes de cœur. Au bout des racines il était la terre. La terre tout court La terre toute ronde La terre toute seule au travers du ciel La terre.
ROBERT DESNOS
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| lundi 15 septembre 2008, a 21:56 |
| poésie du lundi |
Ecoute l'arbre et la feuille
La nature est une voix
Qui parle à qui se recueille
Et qui chante dans les bois
Victor Hugo |
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| jeudi 11 septembre 2008, a 21:42 |
| mots tissés |
LES INVENTEURS
René CHAR
Ils sont venus, les forestiers de l'autre versant, les inconnus de nous, les rebelles à nos usages.
Ils sont venus nombreux.
Leur troupe est apparue à la ligne de partage des cèdres
Et du champ de la vieille moisson désormais irrigué et vert.
La longue marche les avait échauffés.
Leur casquette cassait sur les yeux et leur pied fourbu se posait dans le vague.
Ils nous ont aperçus et se sont arrêtés.
Visiblement ils ne présumaient pas nous trouver là,
Sur des terres faciles et des sillons bien clos,
Tout à fait insouciants d'une audience.
Nous avons levé le front et les avons encouragés.
Le plus disert s'est approché, puis un second tout aussi déraciné et lent.
Nous sommes venus, dirent-ils, vous prévenir de l'arrivée prochaine de l'ouragan,
de votre implacable adversaire.
Pas plus que vous, nous ne le connaissons
Autrement que par des relations et des confidences d'ancêtres.
Mais pourquoi sommes-nous heureux incompréhensiblement devant vous et soudain pareils à des enfants?
Nous avons dit merci et les avons congédiés.
Mais auparavant ils ont bu, et leurs mains tremblaient, et leurs yeux riaient sur les bords.
Hommes d'arbres et de cognée, capables de tenir tête à quelque terreur
mais inaptes à conduire l'eau, à aligner des bâtisses, à les enduire de couleurs plaisantes,
Ils ignoraient le jardin d'hiver et l'économie de la joie.
Certes, nous aurions pu les convaincre et les conquérir,
Car l'angoisse de l'ouragan est émouvante.
Oui, l'ouragan allait bientôt venir;
Mais cela valait-il la peine que l'on en parlât et qu'on dérangeât l'avenir?
Là où nous sommes, il n'y a pas de crainte urgente. |
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| dimanche 07 septembre 2008, a 20:03 |
| Tristesses de la lune |
Ce soir, la lune rêve avec plus de paresse ; Ainsi qu'une beauté, sur de nombreux coussins, Qui d'une main distraite et légère caresse Avant de s'endormir le contour de ses seins,
Sur le dos satiné des molles avalanches, Mourante, elle se livre aux longues pâmoisons, Et promène ses yeux sur les visions blanches Qui montent dans l'azur comme des floraisons.
Quand parfois sur ce globe, en sa langueur oisive, Elle laisse filer une larme furtive, Un poète pieux, ennemi du sommeil,
Dans le creux de sa main prend cette larme pâle, Aux reflets irisés comme un fragment d'opale, Et la met dans son cœur loin des yeux du soleil.
BAUDELAIRE |
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| jeudi 04 septembre 2008, a 07:01 |
| MOTS TISSES |
LES QUATRE SANS COU
Ils étaient quatre qui n'avaient plus de tête, Quatre à qui l'on avait coupé le cou, On les appelait les quatre sans cou.
Quand ils buvaient un verre, Au café de la place ou du boulevard, Les garçons n'oubliaient pas d'apporter des entonnoirs.
Quand ils mangeaient, c'était sanglant, Et tous quatre chantant et sanglotant, Quand ils aimaient, c'était du sang.
Quand ils couraient, c'était du vent, Quand ils pleuraient, c'était vivant, Quand ils dormaient, c'était sans regret.
Quand ils travaillaient, c'était méchant, Quand ils rôdaient, c'était effrayant, Quand ils jouaient, c'était différent,
Quand ils jouaient, c'était comme tout le monde, Comme vous et moi, vous et nous et tous les autres, Quand ils jouaient, c'était étonnant.
Mais quand ils parlaient c'était d'amour. Ils auraient pour un baiser Donné ce qui leur restait de sang.
Leurs mains avaient des lignes sans nombre Qui se perdaient parmi les ombres Comme des rails dans la forêt.
Quand ils s'asseyaient, c'était plus majestueux que des rois Et les idoles se cachaient derrière leurs croix Quand devant elles ils passaient droits.
On leur avait rapporté leur tête Plus de vingt fois, plus de cent fois, Les ayant retrouvés à la chasse ou dans les fêtes
Mais jamais ils ne voulurent reprendre Ces têtes où brillaient leurs yeux, Où les souvenirs dormaient dans leur cervelle.
Cela ne faisait peut-être pas l'affaire Des chapeliers et des dentistes. La gaieté des uns rend les autres tristes.
Les quatre sans cou vivent encore, c'est certain. J'en connais au moins un Et peut-être aussi les trois autres.
Le premier, c'est Anatole, Le second, c'est Croquignole, Le troisième, c'est Barbemolle, Le quatrième, c'est encore Anatole.
Je les vois de moins en moins, Car c'est déprimant, à la fin, La fréquentation des gens trop malins
ROBERT DESNOS |
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| vendredi 22 août 2008, a 17:11 |
| poussière |
La complainte des acariens
Ginette DESMARAIS
"Quatre acariens se retrouvèrent
au fond d'un sac d'aspirateur
propulsés par un courant d'air
qui leur fit remonter le coeur.
On aurait pu les croire heureux
d'arriver au ciel des poussières
mais ils pleuraient de tous leurs yeux
oyez tous leur chant de misère:
"Messieurs je vivais sous la table
d'une cuisine confortable"
raconte l'un d'eux aux trois autres
"le matin, le midi, le soir
des parts de festin venaient choir
juste à mes pieds. Sans plus d'efforts
j'en faisais profiter mon corps.
J'ai pris du poids tout à mon aise
je suis donc devenu trop gras
pour détaler entre les chaises
la balayeuse m'avala.
Et vous messieurs par quel hasard
êtes-vous entrés dans ce trou noir ?"
Lors, le second prit la parole
"Ah! Mon ami, si je n'ai point
comme vous souffert d'embonpoint
c'est que je vivais dans les livres
l'odeur des vieux papiers m'enivre
j'ai parcouru des kilomètres
sur les maximes des grands maîtres
et rêvé à la poésie
à la chandelle de la nuit
mais la patronne de ces lieux
m'a surpris sur une étagère
où j'étudiais d'un oeil sérieux
d'une reliure la poussière
elle m'aspira sans plus d'histoires
dans cet engin diabolique
Adieu Miron, Vanier, Cendrars
adieu tous les grands romantiques !"
s'écria-t-il en sanglotant.
Le troisième dit aussitôt
pour couper court à la tristesse
"j'ai vécu dans la salle d'eau
des minutes enchanteresses
j'avais élu mon domicile
sur une descente de bains
j'y étais comme sur une île
au coeur de l'océan Indien
chaque jour je me rinçais l'oeil
quand elle venait se baigner
et me prenais avec orgueil
pour le gardien de sa beauté
c'est pourquoi je suis resté là
quand ce truc a fondu sur moi
c'est que je voulais l'en défendre !
Sot que j'étais ! Si j'avais su
mais je ne faisais que l'attendre!"
Le quatrième mit du temps
à conter sa mésaventure
"Convenons, chers amis, si vous le voulez bien
de clore ce récit par des alexandrins
mon histoire est trop belle, la fin trop pathétique
je sais: nous sommes des êtres microscopiques
mais aux yeux de Dieu, aucun de nous n'est petit.
Et bien moi messieurs, j'ai vécu sous son grand lit
j'étais le capitaine d'un mouton superbe
pas un mouton braillard qui arrache de l'herbe
mais plutôt un nuage rond et délicat
de poussières, de cheveux, et de poils de chat
qui voguait, heureux, sur son plancher de bois franc
comme une frégate fière sur l'océan.
L'avenir était rose, ma carrière assurée
jusqu'à la nuit dernière, où un homme est entré
avec elle en riant, et le lit a vécu
des heures difficiles. J'étais convaincu
que le ciel allait me tomber sur la tête
et moi qui n'avais jamais vu de tempête
j'étais servi ! J'ai même entendu les sirènes
chanter dans la tourmente des mots mystérieux.
"C'est bon, encore, hardi, ne lâche pas, je t'aime."
Et moi d'ouïr ces paroles m'a bouleversé
du haut de mon navire, j'ai fait appeler
mon peuple de microbes et je leur ai dit
"Amis, soyons obligeants envers notre hôtesse
vous avez bien entendu ses cris de détresse
le mieux que nous ayons à faire est de céder
à toutes ses prières et de nous accorder
entre nous les doux plaisirs qu'elle réclame."
Les acariens et acariennes sans plus tarder
s'en donnèrent à coeur joie par solidarité.
Au matin, nous étions plus nombreux que la veille
les draps et couvertures avaient fait, ô merveille
des moutons tout nouveaux pour tous nos nouveaux-nés.
Mais la belle bougresse, en cherchant ses chaussures
découvre sous son lit notre mousse et murmure
"Mon amour, tu permettras que sans plus attendre
je fasse disparaître de ma douce chambre
ces minous innommables que je n'avais pas vus !"
C'est donc sans rien comprendre que j'ai vu arriver
un attirail étrange au pied de mon troupeau
fait de bouches bizarres, de tubes, de tuyaux
un vacarme strident a envahi l'espace
et j'ai vu, impuissant, s'envoler par morceaux
les poussières où vivait toute la populace!"
C'était la triste histoire de quatre acariens
ont-ils pu fuir le sac, récupérer leurs biens?
Nul ne pourrait le dire, mais une chose est sûre
ils auront fait leur nid après cette aventure
loin des habitations dangereuses
où règnent savons et balayeuses.
La morale, car il en faut bien une
c'est que si tous les chiens ont leur jour de gloire
tous les acariens ont leur lot de déboires" |
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| samedi 26 juillet 2008, a 15:00 |
| PABLO NERUDA |
Sonnet XLVIII
Les deux amants heureux ne font plus qu'un seul pain,
Une goutte de lune, une seule, dans l'herbe,
Ils laissent en marchant deux ombres qui s'unissent,
Dans le lit leur absence est un seul soleil vide.
Leur seule vérité porte le nom du jour:
Ils sont liés par un parfum, non par des fils,
Ils n'ont pas déchiré la paix ni les paroles.
Et leur bonheur est une tour de transparence.
L'air et le vin accompagnent les deux amants,
La nuit leur fait un don de pétales heureux,
Aux deux amants reviennent de droit les œillets.
Les deux amants heureux n'auront ni fin ni mort,
Ils naîtront et mourront aussi souvent qu'ils vivent
Ils possèdent l'éternité de la nature.
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| vendredi 25 juillet 2008, a 17:32 |
| citation du vendredi |
« Un homme sans défauts est une montagne sans crevasses. Il ne m'intéresse pas.»
René Char Extrait des Feuillets d'Hypnos

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| samedi 19 juillet 2008, a 20:50 |
| mots tissés |
L
orsque la douce nuit...
JULES VERNE
Lorsque la douce nuit, comme une douce amante,
S'avance pas à pas, à la chute du jour,
S'avance dans le ciel, tendre, timide et lente,
Toute heureuse d'un fol amour ;
Lorsque les feux muets sortent du ciel propice,
Pointillent dans la nuit, discrets, étincelants,
Eparpillent au loin leurs gerbes d'artifices,
Dans les espaces purs et blancs ;
Quand le ciel amoureux au sein des rideaux sombres,
Tout chaud de ce soleil qui vient de l'embraser,
A la terre, pour lui pleine d'amour et d'ombres,
S'unit dans un brûlant baiser ;
Quand se réfléchissant comme en un lac limpide,
L'étoile de l'azur, sur le sol transparent,
Allume au sein de l'herbe une étoile timide,
Cette étoile du ver luisant ;
Quand aux brises du soir, la feuille frémissante,
A ce tendre contact a refermé son sein,
Et garde en s'endormant la fraîcheur odorante
Qui doit parfumer le matin ;
Quand sur le sombre azur, comme un triste fantôme,
Le cyprès de ce champ où finit la douleur,
Est là, plus triste et froid qu'un mystérieux psaume
Qui tombe sur un ton mineur ;
Lorsque courbant sa tête à des plaintes secrètes,
L'if, comme de grands bras agite ses rameaux,
Et tout mélancolique, en paroles muettes,
Cause bas avec les tombeaux ;
Quand au berceau de Dieu, sur la branche endormante,
L'oiseau paisible, heureux a trouvé le sommeil,
Quand le fil de la Vierge a regagné sa tente
En attendant quelque soleil ;
Quand la croix déployant dans sa forme incertaine,
Sur le chemin du ciel ses deux bras de douleurs,
Dans la nuit qui l'entoure en son humide haleine
Est ruisselante de pleurs ;
Quand toute la nature, et l'étoile de la pierre,
Et l'arbre du chemin, la croix du carrefour,
Se sont tous revêtus de l'ombre, du mystère,
Après les fatigues du jour ;
Quand tout nous parle au coeur, quand la tremblante femme,
A plus de volupté que le soleil le jour,
Oh ! viens, je te dirai tout ce que j'ai dans l'âme,
Tout ce que j'ai de tendre amour.
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| jeudi 17 juillet 2008, a 17:52 |
| lamartine du soir |
Les voiles

Quand j'étais jeune et fier et que j'ouvrais mes ailes,
Les ailes de mon âme à tous les vents des mers,
Les voiles emportaient ma pensée avec elles,
Et mes rêves flottaient sur tous les flots amers.
Je voyais dans ce vague où l'horizon se noie
Surgir tout verdoyants de pampre et de jasmin
Des continents de vie et des îles de joie
Où la gloire et l'amour m'appelaient de la main.
J'enviais chaque nef qui blanchissait l'écume,
Heureuse d'aspirer au rivage inconnu,
Et maintenant, assis au bord du cap qui fume,
J'ai traversé ces flots et j'en suis revenu.
Et j'aime encor ces mers autrefois tant aimées,
Non plus comme le champ de mes rêves chéris,
Mais comme un champ de mort où mes ailes semées
De moi-même partout me montrent les débris.
Cet écueil me brisa, ce bord surgit funeste,
Ma fortune sombra dans ce calme trompeur ;
La foudre ici sur moi tomba de l'arc céleste
Et chacun de ces flots roule un peu de mon cœur.
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| mardi 15 juillet 2008, a 17:52 |
| poésie du mardi |
n oiseau s'envole
Paul Eluard
Un oiseau s'envole,
II rejette les nues comme un voile inutile,
II n'a jamais craint la lumière,
Enfermé dans son vol
II n'a jamais eu d'ombre.
Coquilles des moissons brisées par le soleil.
Toutes les feuilles dans les bois disent oui,
Elles ne savent dire que oui,
Toute question, toute réponse
Et la rosée coule au fond de ce oui.
Un homme aux yeux légers décrit le ciel d'amour.
Il en rassemble les merveilles
Comme des feuilles dans un bois,
Comme des oiseaux dans leurs ailes
Et des hommes dans le sommeil. |
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| dimanche 18 mai 2008, a 09:50 |
| mots tissés |
Les genêts
Les genêts, doucement balancés par la brise, Sur les vastes plateaux font une boule d'or ; Et tandis que le pâtre à leur ombre s'endort, Son troupeau va broutant cette fleur qui le grise ;
Cette fleur qui le fait rêver d'amour, le soir, Quand il roule du haut des monts vers les étables, Et qu'il croise en chemin les grands boeufs vénérables Dont les doux beuglements appellent l'abreuvoir ;
cette fleur toute d'or, de lumière et de soie, En papillons posée au bout des brins menus, Et dont les lourds parfums semblent être venus De la plage lointaine où le soleil se noie...
Certes, j'aime les prés où chantent les grillons, Et la vigne pendue aux flancs de la colline, Et les champs de bleuets sur qui le blé s'incline, Comme sur des yeux bleus tombent des cheveux blonds.
Mais je préfère aux prés fleuris, aux grasses plaines, Aux coteaux où la vigne étend ses pampres verts, Les sauvages sommets de genêts recouverts, Qui font au vent d'été de si fauves haleines.
* * *
Vous en souvenez-vous, genêts de mon pays, Des petits écoliers aux cheveux en broussailles Qui s'enfonçaient sous vos rameaux comme des cailles, Troublant dans leur sommeil les lapins ébahis ?
Comme l'herbe était fraîche à l'abri de vos tiges ! Comme on s'y trouvait bien, sur le dos allongé, Dans le thym qui faisait, aux sauges mélangé, Un parfum enivrant à donner des vertiges !
Et quelle émotion lorsqu'un léger froufrou Annonçait la fauvette apportant la pâture, Et qu'en bien l'épiant on trouvait d'aventure Son nid plein d'oiseaux nus et qui tendaient le cou !
Quel bonheur, quand le givre avait garni de perles Vos fins rameaux émus qui sifflaient dans le vent, - Précoces braconniers, - de revenir souvent Tendre en vos corridors des lacets pour les merles.
* * *
Mais il fallut quitter les genêts et les monts, S'en aller au collège étudier des livres, Et sentir, loin de l'air natal qui vous rend ivres, S'engourdir ses jarrets et siffler ses poumons ;
Passer de longs hivers dans des salles bien closes, A regarder la neige à travers les carreaux, Éternuant dans des auteurs petits et gros, Et soupirant après les oiseaux et les roses ;
Et, l'été, se haussant sur son banc d'écolier, Comme un forçat qui, tout en ramant, tend sa chaîne, Pour sentir si le vent de la lande prochaine Ne vous apporte pas le parfum familier.
* * *
Enfin, la grille s'ouvre ! on retourne au village ; Ainsi que les genêts notre âme est tout en fleurs, Et dans les houx remplis de vieux merles siffleurs, On sent un air plus pur qui vous souffle au visage.
On retrouve l'enfant blonde avec qui cent fois On a jadis couru la forêt et la lande ; Elle n'a point changé, - sinon qu'elle est plus grande, Que ses yeux sont plus doux et plus douce sa voix.
" Revenons aux genêts ! - Je le veux bien ? " dit-elle. Et l'on va côte à côte, en causant, tout troublés Par le souffle inconnu qui passe sur les blés, Par le chant d'une source ou par le bruit d'une aile.
Les genêts ont grandi, mais pourtant moins que nous ; Il faut nous bien baisser pour passer sous leurs branches, Encore accroche-t-elle un peu ses coiffes blanches ; Quant à moi, je me mets simplement à genoux.
Et nous parlons des temps lointains, des courses folles, Des nids ravis ensemble, et de ces riens charmants Qui paraissent toujours si beaux aux coeurs aimants Parce que les regards soulignent les paroles.
Puis le silence ; puis la rougeur des aveux, Et le sein qui palpite, et la main qui tressaille, Au loin un tendre appel de ramier ou de caille... Comme le serpolet sent bon dans les cheveux !
Et les fleurs des genêts nous font un diadème ; Et, par l'écartement des branches, haut dans l'air. Paraît comme un point noir l'alouette au chant clair Qui, de l'azur, bénit le coin d'ombre où l'on aime !...
Ah ! de ces jours lointains, si lointains et si doux, De ces jours dont un seul vaut une vie entière, - Et de la blonde enfant qui dort au cimetière, - Genêts de mon pays, vous en souvenez-vous ?
François FABIÉ (1846-1928)
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| jeudi 08 mai 2008, a 16:05 |
| MOTS TISSES |
La rose-thé

La plus délicate des roses Est, à coup sûr, la rose-thé. Son bouton aux feuilles mi-closes De carmin à peine est teinté.
On dirait une rose blanche Qu'aurait fait rougir de pudeur, En la lutinant sur la branche, Un papillon trop plein d'ardeur.
Son tissu rose et diaphane De la chair a le velouté ; Auprès, tout incarnat se fane Ou prend de la vulgarité.
Comme un teint aristocratique Noircit les fronts bruns de soleil, De ses soeurs elle rend rustique Le coloris chaud et vermeil.
Mais, si votre main qui s'en joue, A quelque bal, pour son parfum, La rapproche de votre joue, Son frais éclat devient commun.
Il n'est pas de rose assez tendre Sur la palette du printemps, Madame, pour oser prétendre Lutter contre vos dix-sept ans.
La peau vaut mieux que le pétale, Et le sang pur d'un noble coeur Qui sur la jeunesse s'étale, De tous les roses est vainqueur !
THEOPHILE GAUTIER |
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| lundi 05 mai 2008, a 13:48 |
| mots tissés |
LE JOUR SE LEVE
GRAND CORPS MALADE

Le jour se lève sur notre grisaille, sur les trottoirs de nos ruelles et sur nos tours Le jour se lève sur notre envie de vous faire comprendre à tous que c'est à notre tour D'assumer nos rêves, en récolter la sève pour les graver dans chaque mur de pierre Le jour se lève et même si ça brûle les yeux, on ouvrira grand nos paupières Il a fait nuit trop longtemps et avancer sans lumière nous a souvent fait tâtonner Personne à pardonner, si on est là aujourd'hui c'est juste qu'on a pas abandonné On a cherché la lueur de l'aube en sachant qu'elle avait la couleur de l'espoir On s'est armé de nos stylos pour écrire nous-mêmes la suite de toute cette histoire Le jour se lève, sort de sa grève, c'est grave à quel point la nuit a été agitée On en a de belles à raconter même si j'imagine que ce sera sûrement loin de tes JT Le soleil éclaire notre papier qu'on avait gratté dans l'ombre pendant toute la nuit La chaleur fait couler l'encre, nos mots quittent nos cahiers, nos voix sortent de l'ennui Alors nous allons prendre la parole, monter sur scène pour un moment, [j'espère que t'en as conscience Finies la patience et la méfiance, on s'offre simplement avec l'écriture une renaissance Le jour se lève et son glaive de lave nous lave des peines et douleurs du passé Notre avenir est lancé… tu nous écouteras et diras franchement ce que t'en as pensé Le jour se lève et la joie se livre, la soif se lit sur nos lèvres, tu devrais nous suivre Si notre heure est brève, nous allons quand même la vivre, nous ne sommes pas bons élèves [mais l'envie nous enivre Alors à ton tour ouvre les yeux, approche-toi et observe avec curiosité Le souffle et l'enthousiasme d'une brigade de poètes sortis tout droit de l'obscurité Ne prends pas ça pour de l'arrogance mais on sent que c'est notre heure et ça fait du bien Notre passion va nous nourrir et je vais retrouver le sourire dans le regard de tous les miens Le jour se lève, on le doit peut-être qu'à nous et quand je dis ça, c'est pas juste une métaphore
Le jour se lève et si ça se trouve, c'est uniquement parce qu'on l'a espéré assez fort Le jour se lève sur notre grisaille, sur les trottoirs de nos ruelles et sur nos tours Le jour se lève sur notre envie de vous faire comprendre à tous que c'est à notre tour Notre futur est incertain, c'est vrai que ces deux mots là vont toujours de paire Mais notre jour s'est bien levé, dorénavant il sera difficile de nous faire taire |
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| dimanche 27 avril 2008, a 15:52 |
| MOTS TISSéS |
LA VÉRITÉ
PABLO NERUDA
Idéalisme et réalisme, je vous aime, Comme l'eau et la pierre vous êtes parties du monde, lumière et racine de l'arbre de la vie.
Non, ne me fermez pas les yeux. lorsque j'aurai cessé de vivre, j'en aurai besoin pour apprendre pour regarder et comprendre ma mort.
Il me faut ma bouche pour chanter après qu'elle aura disparu. Et mon âme, et mes mains, mon corps pour continuer à t'aimer, ma chérie.
C'est impossible, je le sais, pourtant je l'ai voulu J'aime ce qui n'a que des rêves. J'ai un jardin tout de fleurs qui n'existent pas Je suis résolument triangulaire. Et je regrette encore mes oreilles, mais je les ai enveloppées pour les laisser dans un port, sur un fleuve à l'intérieur de la République de Malaguette.
Je suis las de porter la raison sur l'épaule Je veux inventer la mer quotidienne Un jour j'ai reçu la visite d'un peintre de talent qui peignait des soldats Tous étaient des héros et le brave homme les peignait en plein feu sur le champ de bataille mourant comme à plaisir
Et il peignait aussi des vaches réalistes, si réalistes et si parfaites, si parfaites qu'on se sentait, rien qu'à les voir, mélancolique et prêt à ruminer jusqu'à la fin des siècles.
Horreur et abomination ! J'ai lu des romans-fleuves de bonté et tant de vers à la gloire du Premier Mai que je n'écris plus désormais que sur le Deux du même mois.
Il semble bien que l'homme bouscule fort le paysage et cette route qui avait un ciel auparavant maintenant nous écrase de son entêtement commercial.
Il en va de même avec la beauté, et comme si nous refusions de l'acheter, ils l'emballent à leur goût et à leur mode.
La beauté, laissons-la danser avec ses courtisans les plus inacceptables, entre le plein jour et la nuit; ne la contraignons pas à avaler comme un médicament la pilule de vérité.
(Et le réel ? Il nous le faut, sans aucun doute, mais que ce soit pour nous grandir, pour nous rendre plus vastes, pour nous faire frémir, pour rédiger ce qui pour nous doit être l'ordre du pain tout autant que l'ordre de l'âme.)
Sussurez ! tel est mon ordre aux forêts pures, qu'elles disent en secret ce qui est leur secret, et à la vérité: Cesse donc de stagner, tu te durcis jusqu'au mensonge. Je ne suis pas recteur, je ne dirige rien, et voilà pourquoi j'accumule les erreurs de mon chant |
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| lundi 14 avril 2008, a 19:27 |
| mots tissés |

Dans les rues de la ville il y a mon amour. Peu importe où il va dans le temps divisé. Il n'est plus mon amour, chacun peut lui parler. Il ne se souvient plus; qui au juste l'aima?
Il cherche son pareil dans le voeu des regards. L'espace qu'il parcourt est ma fidélité. Il dessine l'espoir et léger l'éconduit. Il est prépondérant sans qu'il y prenne part.
Je vis au fond de lui comme une épave heureuse. A son insu, ma solitude est son trésor. Dans le grand méridien où s'inscrit son essor, ma liberté le creuse.
Dans les rues de la ville il y a mon amour. Peu importe où il va dans le temps divisé. Il n'est plus mon amour, chacun peut lui parler. Il ne se souvient plus; qui au juste l'aima et l'éclaire de loin pour qu'il ne tombe pas?
rené char |
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| mardi 08 avril 2008, a 19:18 |
| mots tissés: hommage à Jacques Brel |
ZANGRA
Je m'appelle Zangra et je suis lieutenant Au fort de Belonzio qui domine la plaine D'où l'ennemi viendra qui me fera héros En attendant ce jour, je m'ennuie quelquefois Alors je vais au bourg voir les filles en troupeaux Mais elles rêvent d'amour et moi de mes chevaux
Je m'appelle Zangra et déjà capitaine Au fort de Belonzio qui domine la plaine D'où l'ennemi viendra qui me fera héros En attendant ce jour, je m'ennuie quelquefois Alors je vais au bourg voir la jeune Consuelo Mais elle parle d'amour et moi de mes chevaux
Je m'appelle Zangra, maintenant commandant Au fort de Belonzio qui domine la plaine D'où l'ennemi viendra qui me fera héros En attendant ce jour, je m'ennuie quelquefois Alors je vais au bourg, boire avec don Pedro Il boit à mes amours et moi à ses chevaux
Je m'appelle Zangra, je suis vieux colonel Au fort de Belonzio qui domine la plaine D'où l'ennemi viendra qui me fera héros En attendant ce jour, je m'ennuie quelquefois Alors je vais au bourg voir la veuve de Pedro Je parle enfin d'amour mais elle de mes chevaux
Je m'appelle Zangra, hier trop vieux général J'ai quitté Belonzio qui domine la plaine Et l'ennemi est là, je ne serai pas héros
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| mardi 08 avril 2008, a 19:15 |
| mots tissés |
L'ENFANCE
JACQUES BREL
L'enfance Qui peut nous dire quand ça finit Qui peut nous dire quand ça commence C'est rien avec de l'imprudence C'est tout ce qui n'est pas écrit
L'enfance Qui nous empêche de la vivre De la revivre infiniment De vivre à remonter le temps De déchirer la fin du livre
L'enfance Qui se dépose sur nos rides Pour faire de nous de vieux enfants Nous revoilà jeunes amants Le cœur est plein la tête est vide L'enfance l'enfance
L'enfance C'est encore le droit de rêver Et le droit de rêver encore Mon père était un chercheur d'or L'ennui c'est qu'il en a trouvé
L'enfance Il est midi tous les quart d'heure Il est jeudi tous les matins Les adultes sont déserteurs Tous les bourgeois sont des Indiens
L'enfance L'enfance
Si les parents savaient l'enfance Si les moindres amants savaient Si par chance ils savaient l'enfance Il n'y aurait plus d'enfants jamais.
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| dimanche 16 mars 2008, a 18:43 |
| mots tissés |
 Mourir pour des idées, l'idée est excellente Moi j'ai failli mourir de ne l'avoir pas eu Car tous ceux qui l'avaient, multitude accablante En hurlant à la mort me sont tombés dessus Ils ont su me convaincre et ma muse insolente Abjurant ses erreurs, se rallie à leur foi Avec un soupçon de réserve toutefois Mourrons pour des idées, d'accord, mais de mort lente, D'accord, mais de mort lente
Jugeant qu'il n'y a pas péril en la demeure Allons vers l'autre monde en flânant en chemin Car, à forcer l'allure, il arrive qu'on meure Pour des idées n'ayant plus cours le lendemain Or, s'il est une chose amère, désolante En rendant l'âme à Dieu c'est bien de constater Qu'on a fait fausse route, qu'on s'est trompé d'idée Mourrons pour des idées, d'accord, mais de mort lente D'accord, mais de mort lente
Les saint jean bouche d'or qui prêchent le martyre Le plus souvent, d'ailleurs, s'attardent ici-bas Mourir pour des idées, c'est le cas de le dire C'est leur raison de vivre, ils ne s'en privent pas Dans presque tous les camps on en voit qui supplantent Bientôt Mathusalem dans la longévité J'en conclus qu'ils doivent se dire, en aparté "Mourrons pour des idées, d'accord, mais de mort lente D'accord, mais de mort lente"
Des idées réclamant le fameux sacrifice Les sectes de tout poil en offrent des séquelles Et la question se pose aux victimes novices Mourir pour des idées, c'est bien beau mais lesquelles ? Et comme toutes sont entre elles ressemblantes Quand il les voit venir, avec leur gros drapeau Le sage, en hésitant, tourne autour du tombeau Mourrons pour des idées, d'accord, mais de mort lente D'accord, mais de mort lente
Encor s'il suffisait de quelques hécatombes Pour qu'enfin tout changeât, qu'enfin tout s'arrangeât Depuis tant de "grands soirs" que tant de têtes tombent Au paradis sur terre on y serait déjà Mais l'âge d'or sans cesse est remis aux calendes Les dieux ont toujours soif, n'en ont jamais assez Et c'est la mort, la mort toujours recommencée Mourrons pour des idées, d'accord, mais de mort lente D'accord, mais de mort lente
O vous, les boutefeux, ô vous les bons apôtres Mourez donc les premiers, nous vous cédons le pas Mais de grâce, morbleu! laissez vivre les autres! La vie est à peu près leur seul luxe ici bas Car, enfin, la Camarde est assez vigilante Elle n'a pas besoin qu'on lui tienne la faux Plus de danse macabre autour des échafauds! Mourrons pour des idées, d'accord, mais de mort lente D'accord, mais de mort lente
BRASSENS 1972
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| samedi 08 mars 2008, a 07:01 |
| mots tissés |
LE SIMPLE FAIT QUE TU EXISTES
YVES DUTEIL
Les étoiles une à une S'allument au ciel du soir Je regarde la Lune Rose sur ce fond noir...
Moi je t'aime... Comme un arbre porte ses fruits Comme la Lune aime la nuit Je ne peux pas te dire pourquoi Je crois que je suis né pour toi
Je ne veux pas que tu sois triste Le simple fait que tu existes Est pour moi un tel réconfort J'ai besoin que tu m'aimes encore
Moi je t'aime... Comme un volcan sort du sommeil Comme un fruit gorgé de soleil Comme un saumon dans un torrent Qui remonte à contre-courant
Où que tu sois sur l'horizon Tu es ma route et ma maison Ma sagesse et ma déraison Le premier mot de ma chanson
Et je t'aime... Encore plus fort qu'auparavant Comme un ami, comme un amant Comme une vague se soulève Pour venir caresser la grève
Il ne faut pas que tu sois triste Le simple fait que tu existes Est pour moi un tel réconfort Je voudrais que l'on s'aime encore
Où que je sois dans l'univers Tu es ma force et ma lumière Et j'avance dans la nuit noire Là où tu poses ton regard
Moi je t'aime... Comme un arbre porte ses fruits Comme la lune aime la nuit Je ne peux pas te dire pourquoI Je crois que je suis né pour toi
Au dernier vers de la chanson Quand les étoiles disparaîtront Il restera sur l'horizon Ta sagesse et ma déraison
Ta sagesse et ma déraison. |
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| dimanche 24 février 2008, a 16:32 |
| pour toi |
Les genêts de janvier exhalaient une odeur de gâteau,
Mai était dans nos cœurs.
Le temps a emporté cette floraison erratique,
Le parfum en nos cœurs est resté.
La senteur de la fleur d'abricotier,
En février s'est répandue,
Nous liant à jamais à la promesse du printemps.
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| mercredi 05 décembre 2007, a 06:17 |
| mots tissés |
Chanson pour les enfants l'hiver
Jacques Prévert
Dans la nuit de l'hiver galope un grand homme blanc. C'est un bonhomme de neige avec une pipe en bois, un grand bonhomme de neige poursuivi par le froid.
Il arrive au village. Voyant de la lumière, le voilà rassuré.
Dans une petite maison, il entre sans frapper et pour se réchauffer s'assoit sur le poêle rouge et d'un coup disparaît, ne laissant que sa pipe au milieu d'une flaque d'eau, ne laissant que sa pipe et puis son vieux chapeau... |
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| vendredi 30 novembre 2007, a 15:16 |
| une poésie de paul verlaine |
Le squeletteDeux reîtres saouls, courant les champs, virent parmi La fange d'un fossé profond, une carcasse Humaine dont la faim torve d'un loup fugace Venait de disloquer l'ossature à demi.
La tête, intacte, avait un rictus ennemi Qui nous attriste, nous énerve et nous agace. Or, peu mystiques, nos capitaines Fracasse Songèrent (John Falstaff lui-même en eût frémi)
Qu'ils avaient bu, que tout vin bu filtre et s'égoutte, Et qu'en outre ce mort avec son chef béant Ne serait pas fâché de boire aussi, sans doute.
Mais comme il ne faut pas insulter au Néant, Le squelette s'étant dressé sur son séant Fit signe qu'ils pouvaient continuer leur route.
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| mercredi 10 octobre 2007, a 18:26 |
| Demain |
Agé de cent-mille ans, j'aurais encore la force De t'attendre, o demain pressenti par l'espoir. Le temps, vieillard souffrant de multiples entorses, Peut gémir: neuf est le matin, neuf est le soir.
Mais depuis trop de mois nous vivons à la veille, Nous veillons, nous gardons la lumière et le feu, Nous parlons à voix basse et nous tendons l'oreille A maint bruit vite éteint et perdu comme au jeu. Or, du fond de la nuit, nous témoignons encore De la splendeur du jour et de tous ses présents. Si nous ne dormons pas c'est pour guetter l'aurore Qui prouvera qu'enfin nous vivons au présent.
Robert Desnos (État de veille, 1942)
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| samedi 22 septembre 2007, a 18:06 |
| meli melodie |
 Oui, mon doux minet, la mini, Oui, la mini est la manie Est la manie de Mélanie Mélanie l'amie d'Amélie... Amélie dont les doux nénés Doux nénés de nounou moulés Dans de molles laines lamées Et mêlées de lin milanais... Amélie dont les nénés doux Ont donné à l'ami Milou (Milou le dadais de Limoux) L'idée d'amener des minous... Des minous menus de Lima Miaulant dans les dais de damas Et dont les mines de lama Donnaient mille idées à Léda...
Léda dont les dix dents de lait Laminaient les mâles mollets D'un malade mendiant malais Dinant d'amibes amidonnées Mais même amidonnée l'amibe Même l'amibe malhabile Emmiellée dans la bile humide L'amibe, ami, mine le bide... Et le dit malade adulé Dont Léda limait les mollets Indûment le mal a donné Dame Léda l'y a aidé ! Et Léda dont la libido Demande dans le bas du dos Mille lents mimis d'animaux Aux doux minets donna les maux...
Et les minets de maux munis Mendiant de midi à minuit Du lait aux nénés d'Amélie L'ont, les maudits, d'amibes enduit Et la maladie l'a minée, L'Amélie aux dodus nénés Et mille maux démodelaient Le doux minois de la mémé Mélanie le mit au dodo Malade, laide, humide au dos Et lui donna dans deux doigts d'eau De la boue des bains du Lido Dis, là-dedans, où est la mini ? Où est la mini de Mélanie ?... - Malin la mini élimée Mélanie l'à éliminée
Ah la la la la ! Quel méli mélo, dis ! Ah la la la la ! Quel méli mélo, dis !
B.Lapointe, mon tricoteur de mots préféré
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| lundi 10 septembre 2007, a 18:13 |
| Léo Ferré: La jalousie |
 Dis-moi la jalousie comment ça fait comment ça vient Comment ça va Dis-moi comment ça s'fringue aussi la jalousie dis-moi Avec des bas tirés dessus comme une arme qui se dégaine Et qui poursuit des rêves vieux de cent mille ans Avec au creux des dents de loup Dis-moi la jalousie quand ça te prend Au fond d'un lit où tu es seul Avec dans le plafond des araignées Qui tissent un peu de ta mélancolie Que tu prendras demain matin sur l'autoroute A te traîner aux portes de Paris
Dis-moi la jalousie comment ça fait comment ça vient Comment ça va Dis-moi comment ça fait des trous la jalousie dis-moi Avec des yeux qui sont doublés comme un radar qui se souvient En pleine nuit de mille autres yeux tout cernés Avec au fond des revolvers Dis-moi la jalousie quand ça te prend Au bord du gouffre où tu es seul Avec au fond dans la vallée du sang Versé dans les poubelles de l'amour Dans les fanfares du retour sur l'autoroute A te rentrer dans ta banlieue Dis-moi
Dis-moi la jalousie comment ça fait comment ça vient Comment ça va Dis-moi comment ça tue le temps la jalousie dis-moi Avec le chrono dans le cœur que tu n'arrêteras jamais A moins qu'il ne s'arrête en plein milieu d'un lit Meuble à deux à deux sans toi Dis-moi la jalousie quand ça te prend Au fond du creux dans la géométrie de ta banlieue avec ses mains Qui grattent au ciel Dis-moi les revolvers C'est pas fait pour les chiens et si tu n'es qu'un chien T'as qu'à rentrer dans ta niche à moins que
A moins que... A moins que...
Allez... Tire-toi !
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| vendredi 31 août 2007, a 17:23 |
| Plate prière |
Anne Sylvestre 1969
Seigneur, délivrez-nous de ces filles sans fesses qui regardent les nôtres avec réprobation. Seigneur, délivrez-nous de ces tristes drôlesses, ou donnez-nous au moins quelques compensations.
Faites qu'autour de la table on leur réserve le banc, c'est assez confortable sans un certain répondant; et faites que la salade, la tomate et le citron rendent beaucoup plus malade qu'un modeste miroton; et dans votre bonté, faites aussi que le thé donne plein de calories, Vierge Marie.
Faites que dans les boutiques on regarde de travers leurs silhouettes étiques nager dans les pull-overs; qu'essayant la plus banale des robes, on leur dise un peu: "On fait les tailles normales" sur un ton très dédaigneux; et dans votre justice, faites que dans leur 36 on les prenne pour des salsifis, ô Sainte Sophie.
Faites que tous ces jeunes hommes, les invitant à dîner, cessent un peu d'être économes et veuillent imaginer qu'en ouvrant les bras plus large, ils y gagneraient un peu: - les filles avec une marge, ça fait beaucoup moins de bleus - et faites qu'une fois, privés de contrepoids, ils se foutent la gueule par terre, ô grand Saint-Pierre.
Faites que les magazines payent le papier moins cher, - c'est pour cela, j'imagine, qu'on voit été comme hiver, rangés à douze par page des sardines très mini, des haricots sur la plage ou d'élégants spaghettis - et que les photographes, dégoûtés des girafes, découvrent les trois dimensions, Saint Timoléon.
Seigneur, gardez-vous bien de leur donner des fesses: nous porterons les nôtres avec sérénité. Seigneur, ne croyez pas surtout que ça nous blesse: abondance de biens n'a jamais rien gâté. |
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| jeudi 23 août 2007, a 19:30 |
| L'amour fou, une chanson de LEO FERRE |
 La mer en vous comme un cadeau Et dans vos vagues enveloppée Tandis que de vos doigts glacés Vous m'inventez sur un seul mot O Ma Frégate des hauts-fonds Petite frangine du mal Remettez-vous de la passion Venez que je vous fasse mal Je vous dirai des mots d'amour Des mots de rien de tous les jours Les mots du pire et du meilleur Et puis des mots venus d'ailleurs Je vous dirai que je t'aimais Tu me diras que vous m'aimez Vous me ferez ce que tu peux Je vous dirai ce que tu veux Je vous dirai ce que tu veux
Je vous aime d'amour
Si t'as seize ans et des poussières A nous deux ça fait des années Que je prépare ma galère A te ramer à t'affoler Voilà que tu cherches ton bien Dans les vitrines de ma nuit Achète-moi je ne vaux rien Puisque l'amour n'a pas de prix Comme une louve sous son loup Quand je vous ferai des petits Vous banderez vos yeux jaloux Avec un loup de satin gris Tout comme est gris le jour qui va Petite sœur écoutez-moi Comme un bateau entre mes doigts Vous coulerez je vous le dois Vous coulerez je vous le dois
Je vous aime d'amour
Si la mort avait ton regard Je meurs ce soir sans regarder Et te demanderai ma part Au bord du vide et des baisers L'amour ça ne meurt que la nuit Alors habille-toi en moi Avec un peu de rouge aussi J'aurai ta mort entre mes bras Lorsque vous me mettrez en croix Dans votre forêt bien apprise Et que je boirai tout en bas La sève tant et tant promise Je vous engouffrerai de sang Pendant que vous serez charmée Et je vous donnerai l'enfant Que vous n'avez jamais été Que vous n'avez jamais été
Je vous aime d'amour
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| mardi 21 août 2007, a 18:32 |
| Soupir |
Mon âme vers ton front où rêve, ô calme soeur, Un automne jonché de taches de rousseur, Et vers le ciel errant de ton oeil angélique Monte, comme dans un jardin mélancolique, Fidèle, un blanc jet d'eau soupire vers l'Azur! - Vers l'Azur attendri d'Octobre pâle et pur Qui mire aux grands bassins sa langueur infinie Et laisse, sur l'eau morte où la fauve agonie Des feuilles erre au vent et creuse un froid sillon, Se traîner le soleil jaune d'un long rayon. Stéphane Mallarmé
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| mercredi 15 août 2007, a 17:15 |
| question posée |
Être ou ne pas être,
c'est là la question. Y a-t-il plus de noblesse d'âme à subir la fronde et les flèches de la fortune outrageante, ou bien à s'armer contre une mer de douleurs et à l'arrêter par une révolte? Mourir... dormir, rien de plus;... et dire que par ce sommeil nous mettons fin aux maux du coeur et aux mille tortures naturelles qui sont le legs de la chair: c'est là un dénouement qu'on doit souhaiter avec ferveur. Mourir... dormir, dormir ! peut-être rêver! Oui, là est l'embarras. Car quels rêves peut-il nous venir dans ce sommeil de la mort, quand nous sommes débarrassés de l'étreinte de cette vie ? Voilà qui doit nous arrêter. C'est cette réflexion-là qui nous vaut la calamité d'une si longue existence. Qui, en effet,voudrait supporter les flagellations et les dédains du monde, l'injure de l'oppresseur, l'humiliation de la pauvreté, les angoisses de l'amour méprisé, les lenteurs de la loi, l'insolence du pouvoir, et les rebuffades que le mérite résigné reçoit d'hommes indignes, s'il pouvait en être quitte avec un simple poinçon?
Qui voudrait porter ces fardeaux, grogner et suer sous une vie accablante, si la crainte de quelque chose après la mort, de cette région inexplorée, d'où nul voyageur ne revient, ne troublait la volonté, et ne nous faisait supporter les maux que nous avons par peur de nous lancer dans ceux que nous ne connaissons pas? Ainsi, la conscience fait de nous tous des lâches; ainsi les couleurs natives de la résolution blêmissent sous les pâles reflets de la pensée; ainsi les entreprises les plus énergiques et les plus importantes se détournent de leur cours, à cette idée, et perdent le nom d'action... William Shakespeare: Hamlet, Acte III, scène I
to dream no more..
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| lundi 13 août 2007, a 20:24 |
| un petit vers d'Yves Bonnefoy pour la nuit |
Il désirait, sans connaître,
Il a péri, sans avoir.
Toutes lignes de vent et de déception
furent son gîte.
Infiniment
Il n'a étreint que sa mort |
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| vendredi 03 août 2007, a 18:27 |
| quelques vers de Rimbaud |
LES ASSIS
Noirs de loupes, grêlés, les yeux cerclés de bagues Vertes, leurs doigts boulus crispés à leurs fémurs, Le sinciput plaqué de hargnosités vagues Comme les floraisons lépreuses des vieux murs ;
Ils ont greffé dans des amours épileptiques Leur fantasque ossature aux grands squelettes noirs De leurs chaises ; leurs pieds aux barreaux rachitiques S'entrelacent pour les matins et pour les soirs !
Ces vieillards ont toujours fait tresse avec leurs sièges, Sentant les soleils vifs percaliser leur peau, Ou, les yeux à la vitre où se fanent les neiges, Tremblant du tremblement douloureux du crapaud.
Et les Sièges leur ont des bontés : culottée De brun, la paille cède aux angles de leurs reins ; L'âme des vieux soleils s'allume, emmaillotée Dans ces tresses d'épis où fermentaient les grains.
Et les Assis, genoux aux dents, verts pianistes, Les dix doigts sous leur siège aux rumeurs de tambour, S'écoutent clapoter des barcarolles tristes, Et leurs caboches vont dans des roulis d'amour.
- Oh ! ne les faites pas lever ! C'est le naufrage... Ils surgissent, grondant comme des chats giflés, Ouvrant lentement leurs omoplates, ô rage ! Tout leur pantalon bouffe à leurs reins boursouflés.
Et vous les écoutez, cognant leurs têtes chauves, Aux murs sombres, plaquant et plaquant leurs pieds tors, Et leurs boutons d'habit sont des prunelles fauves Qui vous accrochent l'oeil du fond des corridors !
Puis ils ont une main invisible qui tue : Au retour, leur regard filtre ce venin noir Qui charge l'oeil souffrant de la chienne battue, Et vous suez, pris dans un atroce entonnoir.
Rassis, les poings noyés dans des manchettes sales, Ils songent à ceux-là qui les ont fait lever Et, de l'aurore au soir, des grappes d'amygdales Sous leurs mentons chétifs s'agitent à crever.
Quand l'austère sommeil a baissé leurs visières, Ils rêvent sur leur bras de sièges fécondés, De vrais petits amours de chaises en lisière Par lesquelles de fiers bureaux seront bordés ;
Des fleurs d'encre crachant des pollens en virgule Les bercent, le long des calices accroupis Tels qu'au fil des glaïeuls le vol des libellules - Et leur membre s'agace à des barbes d'épis.
Mis en musique par Léo Ferré, c'est sublime!
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| vendredi 20 juillet 2007, a 20:25 |
| une femme désespérée |
OPHELIE
Sur l'onde calme et noire où dorment les étoiles La blanche Ophélia flotte comme un grand lys, Flotte très lentement, couchée en ses longs voiles... - On entend dans les bois lointains des hallalis.
Voici plus de mille ans que la triste Ophélie Passe, fantôme blanc, sur le long fleuve noir Voici plus de mille ans que sa douce folie Murmure sa romance à la brise du soir
Le vent baise ses seins et déploie en corolle Ses grands voiles bercés mollement par les eaux ; Les saules frissonnants pleurent sur son épaule, Sur son grand front rêveur s'inclinent les roseaux.
Les nénuphars froissés soupirent autour d'elle ; Elle éveille parfois, dans un aune qui dort, Quelque nid, d'où s'échappe un petit frisson d'aile : - Un chant mystérieux tombe des astres d'or
II
O pâle Ophélia ! belle comme la neige ! Oui tu mourus, enfant, par un fleuve emporté ! C'est que les vents tombant des grand monts de Norwège T'avaient parlé tout bas de l'âpre liberté ;
C'est qu'un souffle, tordant ta grande chevelure, À ton esprit rêveur portait d'étranges bruits, Que ton coeur écoutait le chant de la Nature Dans les plaintes de l'arbre et les soupirs des nuits ;
C'est que la voix des mers folles, immense râle, Brisait ton sein d'enfant, trop humain et trop doux ; C'est qu'un matin d'avril, un beau cavalier pâle, Un pauvre fou, s'assit muet à tes genoux !
Ciel ! Amour ! Liberté ! Quel rêve, ô pauvre Folle ! Tu te fondais à lui comme une neige au feu : Tes grandes visions étranglaient ta parole - Et l'Infini terrible éffara ton oeil bleu !
III
- Et le Poète dit qu'aux rayons des étoiles Tu viens chercher, la nuit, les fleurs que tu cueillis ; Et qu'il a vu sur l'eau, couchée en ses longs voiles, La blanche Ophélia flotter, comme un grand lys.
Arthur Rimbaud
et c'est pourquoi ainsi tu te nommas
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| lundi 16 juillet 2007, a 13:31 |
| un poète marseillais, andré ughetto |
"Promenade"
à Roseline
Le flottement des saules sur ce visage délicat
Vers quoi filent mes tendresses
Comme des champs d'épis dressés
Tu t'étoiles, amoureuse.
Le vent est le sophiste capable de te perdre,
Capable de prouver le nord et le surd
En brillant sur tes cheveux.
Garde-toi des eaux transparentes, des eaux végétales
poussées à rebours sur le dos huileux des cascades.
Un pont te mène sur mon ile à l'endroit précis
Où le soleil de mars perd ses graines bienheureuses,
En un soir d'agrumes coupées.
Ose franchir.
Il n'y a point de mascaret sur la rivière,
Point de signal.
Le réveil des fleurs est un acte sans réflexion.
poésies
Qui saigne signe L'Astéroïde bienfaisant,
Rues de la forêt belle 2004,
oeuvres cinématographiques
Le Maître des moissons, 90 mn, 16 mm noir et blanc, tourné au Maroc, prix spécial du Jury long-métrage, festival de Toulon-Hyères, 1972; - Volubilis, fleur et cité, 15mn, 16mm noir et blanc, tourné au Maroc, 1968-69 ; exploitation par la télévision marocaine ; - Récréations, tournage avec des élèves du lycée de Valréas, 1971 ; L'Air du temps, réalisé dans les mêmes conditions, en 1973 ; - La Mémoire du feu, 26 mn, 16mm couleurs, en hommage à la poésie de René Char,1976; - Mutus Liber, Tableaux pour Nicolas Flamel, 55mn, 16mm couleurs, fiction sur les symboles de l'alchimie, sélection "Perspectives du Cinéma français", festival de Cannes, 1984.
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| dimanche 24 juin 2007, a 17:11 |
| une innocentine et une ballade higelinesque |
Chez moi
René de Obaldia
Chez moi, dit la petite fille On élève un éléphant. Le dimanche son oeil brille Quand Papa le peint en blanc.
Chez moi, dit le petit garçon On élève une tortue. Elle chante des chansons En latin et en laitue.
Chez moi, dit la petite fille Notre vaisselle est en or, Quand on mange des lentilles On croit manger un trésor.
Chez moi, dit le petit garçon Vit un empereur chinois. Il dort sur le paillasson Aussi bien qu’un Iroquois.
Iroquois! dit la petite fille. Tu veux te moquer de moi. Si je trouve mon aiguille, Je vais te piquer le doigt!
La croisade des enfants
J.Higelin
Pourra-t-on un jour vivre sur la Terre Sans colère, sans mépris. Sans chercher ailleurs Qu’au fond de son coeur La réponse au mystère de la vie. Dans le ventre de l’Univers Des milliards d’étoiles Naissent et meurent à chaque instant Où l’homme apprend la guerre à ses enfants.
J’suis trop p’tit Pour me prendre au sérieux Trop sérieux Pour faire le jeu des grands Assez grand pour affronter la vie Trop petit pour être malheureux.
Verra-t-on enfin les êtres humains Rire aux larmes, de leurs peurs Enterrer les armes, écouter leur coeur Qui se bat, qui se bat pour la vie.
Trop petit pour les grands Assez grand pour la vie.
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| mercredi 20 juin 2007, a 21:23 |
| depuis hier les cigales chantent |

"La nuit promet d'être belle car voici qu'au fond du ciel apparaît La lune rousse Saisis d'une sainte frousse, tout le commun des mortels crois voir le Diable à ses trousses Valets volages et vulgaires, ouvrez mon sarcophage et vous pages pervers courrez au cimetière Prévenez de ma part mes amis nécrophages que ce soir nous sommes attendus Dans les marécages.
Voici mon message: cauchemars, fantômes et squelettes, laissez flotter vos idées noires prés de la mare aux oubliettes, tenue du suaire obligatoire.
Lutin, lucioles, feu-follets, elfes faunes et farfadets effraient mes grand carnassiers, une muse un peu dodue me dit d'un air entendu: "vous auriez pu vous raser", comme je lui fais remarquer deux, trois pendus Attablés qui sont venus sans cravates "tiens vous avez remarqué", elle me regarde de un oeil hagard et vomis sans crier gare quelques vipères écarlates.
Vampires éblouis par de lubriques vestales, égeries insatiables chevauchant des valkyries, infernal appétit de frénésies bacchanales qui charme nos âmes envahies par la mélancolie.
Satyres joufflus, bouc émissaire, gargouille émue, fière gorgone; Laissez ma couronne aux sorcières et mes chimères a la licorne.
Soudain les arbres frissonnent car Lucifer en personne fait une courte apparition, l'air tellement accablés qu'on lui donnerait volontiers le bon dieu sans concession s'il ne laissait malicieux courir le bout de sa queue devant ses yeux maléfiques Et ne se dressait d'un bond dans un concert de jurons disant D'un ton maléfique: "Que les damnés obscènes cyniques et corrompus fassent griefs de leurs peines à ceux qu'ils ont élus car devant tant de problèmes et de malentendus, les dieux et les diables en ont finis par douter d'eux mêmes"
Oh dédain suprême, mais déjà le ciel blanchit, esprits je vous remercie de m'avoir si bien reçu. "Cocher lugubre et bossu, ramenez-moi au manoir et lâchez ce crucifix, décrochez moi ces gousses d'ail qui deshonorent mon portail et me chercher sans retard l'ami qui soigne et guérit la folie qui m'accompagne et jamais ne m'as trahi Champagne!!"
J.Higelin
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| lundi 18 juin 2007, a 18:33 |
| un texte de catherine le forestier (1974) |
Toujours d'actualité
ALLEZ VOIR MES VOISINS
Si vous voulez parler de ces pays lointains Où l'on meurt de misère et de faim Des enfants du Biafra et des petits indiens A deux pas de chez moi allez voir mes voisins
Vous ne trouverez pas leur nom dans le Bottin Moussa, Mohamed et Salem Et vous aurez du mal à trouvez le chemin A deux pas de chez moi allez voir mes voisins
La concierge me dit qu'ils ne sont bons à rien Qu'ils n'ont pas les manières des chrétiens Qu'ils respirent notre air et mangent notre pain A deux pas de chez moi allez voir mes voisins
C'est vrai que nos grands-pères étaient des gens de bien Qu'ils avaient des manières de chrétiens Quand ils ont pris la terre d'Afrique aux africains A deux pas de chez moi allez voir mes voisins
Ils ont fait de ces hommes vos grands-pères et les miens Des balayeurs et des fantassins Et si le pain est cher leur vie ne coûte rien A deux pas de chez moi allez voir mes voisins
Aux concours de misère leurs taudis valent bien New Delhi, Calcutta ou Harlem C'est aussi pittoresque mais c'est beaucoup moins loin A deux pas de chez moi allez voir mes voisins
Vous les voyez traîner de Montrouge à Pantin Pourtant ils pourraient bien un matin Venir vous réveiller vous qui dormez si bien A deux pas de chez moi allez voir mes voisins
Si vous voulez parler de ces pays lointains Où l'on meurt de misère et de faim Des enfants du Biafra et des petits indiens A deux pas de chez moi allez voir mes voisins
A deux pas de chez toi va donc voir tes voisins
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| jeudi 07 juin 2007, a 19:52 |
| petit hommage à un tricoteur de mots |
Boby Lapointe
"andréa c'est toi" 1975
Andréa c'est toi l'amante la plus belle Veux-tu m'aimer, dis, à m'aimer, consens vas ! - Qu'est-ce qu'y dit ? Ah ! qu'as-tu fait - Quoi de moi cruelle - Mais qu'est-ce qu'y dit ? Ecoute-la ma ritournelle - Qu'est-ce que tu dis ? répète un peu Andréa c'est toi l'amante la plus belle - L'ntre et assieds-toi. Bon allez je m'assois. Mates la plus belle... je mate Veux-tu m'aimer ? - Veux-tu mémé ? non j'en veux pas dis, à m'aimer, consens va ! dis, de ta mémé. Dis a mémé qu'on s'en va ? Oh dis-lui toi-même c'est pas mes oignons ! c'est pas à moi à lui dire...à mémé qu'on s'en va.
Ah ! qu'as-tu fais de moi cruelle - Ma querelle ? Ta querelle, c'est toi qui cherches querelle ! moi j'ai jamais cherché querelle !
Ecoute la - Au coutelas ? Ah ! ben tu y vas fort hein ! ma ritournelle - Tu m'as retourné le quoi ? Au coutelas tu m'as retourné le... attends j'ai compris, répètes un peu
Andréa c'est toi - Entre et assieds toi. Oui ça j'avais compris toi l'amante - Toile à matelas la plus belle - Montes la poubelle ! moi jamais ! Veux-tu m'aimer - Non je veux pas t'aider... je veux pas t'aider à monter la poubelle dis à m'aimer, consens va ! - Qu'on sent, qu'est-ce qu'on sent ? J'ai pas compris. On s'en quoi ? Ah ! qu'as-tu fait - Caca truffé Oh ben non non ! de moi cruelle - Caca truffé dans ma truelle ? caca truffé dans ta truelle ? Oh ben c'est sale ça c'est pas propre
Ecoute-la - Egoutte-la toi-même hein moi j'y touche pas ma ritournelle - D'ailleurs maintenant j'ai compris tout le truc. J'ai compris toute la chanson. Je vais la chanter avec toi. Allez !
Andréa c'est toi - Entre et assieds-toi là Toile à matelas L'amante la plus belle - Mate la plus belle Montes la poubelle Belle belle belle
Veux-tu m'aimer - Belle veux-tu mé mé Belle veux-tu méé Le veux-tu ma mémé dis ? - Veux tu ma mémé, dis. Mais dis a mémé mais, dis à m'aimer Mais dis à mémé con, consens Dis à mémé qu'on sent, va ! Ah dis mec on s'en va Dis mec on s'en va... Ah qu'as-tu fait de moi cruelle - Ah non ! caca truffé encore ! ah non, non, Ecoute la ritournelle c'est trop ! c'est... c'est pas bien, c'est pas propre comme ça. Là y en a assez Elle idiote, d'ailleurs, ta chanson... Allez ! non ! maintenant on arrête ! Non maintenant y'en a assez ! |
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| mercredi 30 mai 2007, a 19:25 |
| un poème d 'Yves Bonnefoy |
LE LIEU DES MORTS
Quel est le lieu des morts,
Ont-ils droit comme nous à des chemins,
Parlent - ils, plus réels étant leurs mots,
Sont-ils l’esprit des feuillages ou des feuillages plus
hauts ?
Phénix a -t’il construit pour eux un château,
Dressé pour eux une table ?
Le cri de quelque oiseau dans le feu de quelque arbre
Est-il l’espace où ils se pressent tous ?
Peut-être gisent-ils dans la feuille du lierre,
leur parole défaite
Etant le port de la déchirure des feuilles, où la nuit
vient.
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| jeudi 24 mai 2007, a 21:23 |
| encore baudelaire |
Une Charogne
Rappelez-vous l'objet que nous vîmes, mon âme, Ce beau matin d'été si doux: Au détour d'un sentier une charogne infâme Sur un lit semé de cailloux,
Le ventre en l'air, comme une femme lubrique, Brûlante et suant les poisons, Ouvrait d'une façon nonchalante et cynique Son ventre plein d'exhalaisons.
Le soleil rayonnait sur cette pourriture, Comme afin de la cuire à point, Et de rendre au centuple à la grande Nature Tout ce qu'ensemble elle avait joint;
Et le ciel regardait la carcasse superbe Comme une fleur s'épanouir. La puanteur était si forte, que sur l'herbe Vous crûtes vous évanouir.
Les mouches bourdonnaient sur ce ventre putride, D'où sortaient de noirs bataillons De larves, qui coulaient comme un épais liquide Le long de ces vivants haillons.
Tout cela descendait, montait comme une vague Ou s'élançait en pétillant On eût dit que le corps, enflé d'un souffle vague, Vivait en se multipliant.
Et ce monde rendait une étrange musique, Comme l'eau courante et le vent, Ou le grain qu'un vanneur d'un mouvement rythmique Agite et tourne dans son van.
Les formes s'effaçaient et n'étaient plus qu'un rêve, Une ébauche lente à venir Sur la toile oubliée, et que l'artiste achève Seulement par le souvenir.
Derrière les rochers une chienne inquiète Nous regardait d'un oeil fâché, Epiant le moment de reprendre au squelette Le morceau qu'elle avait lâché.
- Et pourtant vous serez semblable à cette ordure, A cette horrible infection, Etoile de mes yeux, soleil de ma nature, Vous, mon ange et ma passion!
Oui! telle vous serez, ô la reine des grâces, Apres les derniers sacrements, Quand vous irez, sous l'herbe et les floraisons grasses, Moisir parmi les ossements.
Alors, ô ma beauté! dites à la vermine Qui vous mangera de baisers, Que j'ai gardé la forme et l'essence divine De mes amours décomposés!
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| commentaire(s) | bon appetit woogy (16/10/2009 19:52)Que tout ceci est la... |
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